Togo, ‘’le Général ne vit pas d’amour’’.

Togo, ‘’le Général ne vit pas d’amour’’.

Tel dans un film d’horreur nous sommes dans l’univers non imaginaire mais bien réel de David Kpelly qui signe son cinquième roman. Jeune et brillant auteur originaire du Togo,il vit au Mali depuis 2008 pour s’éloigner des affres d’un pouvoir dépourvu de toute pitié et compassion vis à  vis de la race humaine. Cet univers de l’écrivain n’est pas le sien, pas uniquement, c’est celui de tout un peuple, un univers qui malgré toutes les énigmes est reconnaissable de ses habitants.

Ce royaume que peint l’écrivain à travers une plume saisissante et séduisante est aux mains d’une famille et clan depuis plus de cinquante années. L’univers-Togo avec ses ‘’invraissemblablilités’’ et ignominies dignes de tous les records et palmes en matière de mauvaise gouvernance et de violations systématiques de la dignité humaine.

« Le Général ne vit pas d’amour », Nouvelles, au titre évocateur,  relatant  des récits de vies, des vécus douloureux, inimaginables devenus pourtant légions et banalisés dans ce petit rectangle de ce pays de l’Afrique de l’ouest ou le peuple du Togo ploie sous le joug d’une junte militaire programmée à étouffer quelque tentative de réclamation de traitement décent de l’humain.

Les assassinats d’enfants, d’adultes, de jeunes, d’hommes, de femmes n’émeuvent presque plus personne dans ce pays qui au fil des décennies sous la conduite de Gnassingbé père et fils a perdu son âme et réagi comme un organisme en plein coma.

Les plumes comme celle de Yao Mawuenya David Kpelly, viennent de temps en temps comme une douche froide, tenter d’éveiller les peuples  non seulement pour leur rappeler l’incontournable douloureuse traversée vers la liberté mais aussi réveiller la jeunesse de ce profond sommeil et cette tétanisation vis-à-vis du mal à ne pas baisser les bras malgré le compréhensible désespoir.

« Le Général ne vit pas d’amour », résume peu ou proutoutes les situations inédites de malheurs qui prévalent au Togo, seule fâcheuse curiosité réfractaire à l’alternance dans l’espace ouest africain.

‘’Ceux qui portent leur croix’’, ‘’Axoéfa, allégorie du pays captif’’, ‘’la prophétie de la belle nuit’’, ‘’lettre à un frère éborgné’’, ‘’la cagoule du sous-lieutenant’’ ; sont deshistoires saisissantes et émouvantes, agrémentéesd’assassinats, d’enfer carcéral, de misère, de corruption, de méchanceté, d’ingratitude ;  de règlements de comptes, que l’auteur décrit avec vivacité et émotion afin de faire vivre aux lecteurs d’ici et d’ailleurs des maux qui minent la société togolaise dans un monde en pleine évolution tourné vers des enjeux plus sensés notamment ceux liés au  développement et au mieux-être.

Ce livre met en exergue le déchirement du tissu social du fait de la politique de sang dans un pays où la vie humaine a perdu toute sacralité.

Le Togo, un tout petit pays où les familles des bourreaux et celle des victimes sont en brassage constant du fait des liens maritaux ou autres. Il n’est pas rare de voir un homme tomberamoureux d’une femme dont le père de cette dernière a tué le père ou la mère de son prince charmant et vice versa. L’auteur le relève avec gravité.

Au-delà du séisme politique que provoque cette gestion monarchique du pays, cette œuvre a le mérite de mettre en lumière à tel point le vivre ensemble est en péril. Véritable razzia dans la mémoire d’un peuple pourtant pacifique dont la seule faute est d’avoir croisé sur son chemin des dirigeants qui n’ont que faire des valeurs et principes en matières de dignité, de liberté et de justice.

L’horreur dure depuis plus de cinq décennies sous l’œil hébété et complice d’une communauté dite internationale qui laisse tuer, traumatiser et torturer à profusion un peuple qui pourrait ester en justice pour non-assistance à peuple en danger.

« Le Général ne vit pas d’amour », un ouvrage de 136 pages de cet auteur à la plume particulière teintée de dérision pour décrire la descente aux enfers d’un pays qui a touché le fond depuis des lustres.

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