RDC : un directeur de cabinet du chef de l’Etat en prison, est-ce la fin de l’impunité ?

RDC : un directeur de cabinet du chef de l’Etat en prison, est-ce la fin de l’impunité ?

Jamais la justice congolaise n’avait été capable d’un tel exploit. En mettant en prison Vital Kamerhe, bras droit et directeur de cabinet du président Tshisekedi, le pouvoir judiciaire congolais écrit une nouvelle page de l’histoire. Voilà que mon Congo est capable de surprendre. Vive l’Etat de droit !

Sous tous les régimes qui se sont succédé en République démocratique du Congo, la prison était un lieu pour loger des opposants, des pauvres, des mouvements citoyens et des manifestants anti-pouvoir en place. Mais depuis l’accession de Tshisekedi au pouvoir, les choses semblent évoluer dans le bon sens. Il n’y a plus d’opposants ni d’activistes pro-démocratie en prison. Désormais, ceux qui étaient considérés autrefois comme des intouchables répondent de leurs actes et sont envoyés en prison. Une bonne leçon de démocratie pour cette Afrique remplie d’hommes forts.

Vital Kamerhe derrière les barreaux, qui l’eût cru ?

La particularité de cette arrestation c’est le fait qu’il s’agit d’une haute personnalité politique du pays en fonction : le directeur de cabinet du président de la République. L’homme est l’éminence grise du chef de l’Etat. C’est lui qui était le chef d’orchestre de la campagne qui a porté Tshisekedi au pouvoir à l’issue du scrutin présidentiel de 2018. La popularité et la réputation de Vital Kamerhe ont commencé à se ternir l’année dernière lorsqu’il est pointé du doigt dans le détournement des 15 millions de dollars américains du secteur pétrolier. L’affaire a fait grand bruit au pays et sur les réseaux sociaux. La société civile et les mouvements citoyens réclamaient à cor et à cri la démission et la mise à la disposition de Kamerhe à la justice. Sans suite à l’époque, et Tshisekedi a été accusé de protéger son directeur de cabinet.

Le 7 février 2020, Félix Tshisekedi nomme de nouveaux hauts magistrats dont un nouveau procureur général de la République. Et sans plus tarder, des enquêtes judiciaires sont lancées dans l’affaire des détournements des fonds affectés au programme dit de 100 jours du président. Un programme de construction d’infrastructures à travers Kinshasa et l’ensemble du pays, mais dont l’attribution des marchés laissait entrevoir trop de dessous-de-table. Du côté de la présidence de la République, c’est Vital Kamerhe qui était en charge du programme de 100 jours. C’est bien lui qui signait des documents relatifs aux décaissements des fonds. Au cours du premier trimestre de 2020, plusieurs puissants chefs et banquiers ont été interpellés et emprisonnés, mais certains ont également été libérés.

Convoqué comme renseignant au parquet mercredi 8 avril 2020, le directeur de cabinet du président a eu beaucoup de mal à se défendre sur ce dossier, laissant soupçonner son implication et sa responsabilité personnelle, affirment des témoins. Ce qui a conduit le parquet à ordonner sa détention provisoire immédiate. Un coup de tonnerre, tant on sait que c’est l’homme le plus puissant du régime de Félix Tshisekedi. Vital Kamerhe est désormais placé sous mandat d’arrêt provisoire dans la tristement célèbre prison de Makala à Kinshasa. Il encourt jusqu’à 20 ans de prison. Or si jamais Kamerhe est reconnu coupable, l’innocence du président Tshisekedi pourrait également être mise en cause, car ce sera difficile de dire qu’il n’était pas au courant des détournements.

Procès réel ou montage ?

Malgré ce séisme politico-judiciaire, beaucoup voient dans cette affaire un bluff ou un procès arrangé visant à ce qu’à la fin, même coupable, Kamerhe soit lavé de tout soupçon. D’autres estiment que cette affaire sonne la fin de la coalition au pouvoir Cap pour le changement (Cach) dont les principaux partis sont l’UNC de Vital Kamerhe et l’UDPS de Félix Tshisekedi. Quoiqu’il arrive, c’est la première fois dans ce pays des puissants qu’un directeur de cabinet du président en fonction est ainsi inquiété. Cela n’aurait jamais été possible sous Kabila ou Mobutu. Et c’est donc bon pour la démocratie et l’Etat de droit. A la justice de conserver jalousement cette indépendance judiciaire naissante.

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