Que réserve la nouvelle année pour la Corne de l’Afrique et l’Afrique de l’Est

Que réserve la nouvelle année pour la Corne de l’Afrique et l’Afrique de l’Est

Les élections en Somalie, en Ethiopie, au Burundi et en Tanzanie, le processus de paix fragile au Sud-Soudan, le conflit sur l’utilisation des eaux du Nil entre l’Ethiopie et l’Egypte, et l’amendement constitutionnel qui pourrait changer la structure de gouvernance au Kenya sont quelques-uns des sujets qui seront couverts par la presse et les blogs politiques cette année.

Voici une perspective incisive des questions relatives à ces faits et de ce à quoi l’on pourrait s’attendre les douze prochains mois :

La Somalie

En 2020, l’Éthiopie pourrait connaître ses toutes premières élections depuis 50 ans. Si tout se passe comme prévu, il s’agira de la troisième fois que les citoyens somaliens exerceront leurs droits de vote depuis l’indépendance en 1960. Les deux autres élections avaient été organisées dans le pays en 1964 et 1969.

Après trois décennies de guerre civile, d’attaques extrémistes et de famine, la Somalie a mis en place un gouvernement de transition fonctionnel en 2012 et a œuvré à rétablir la stabilité.

Au cours des élections présidentielles les plus récentes organisées en 2017, les législateurs ont été élus par 14 000 délégués choisis par les clans qui ont, à leur tour, élu un président.

Lors de son discours au Conseil de sécurité de l’ONU il y a deux mois, le chef de la commission électorale de Somalie, Halima Ismail Ibrahim, a affirmé que les leaders politiques du pays devaient respecter les accords conclus depuis 2011 visant à organiser des élections selon le principe « une personne = un vote », pour remplacer le « partage du pouvoir basé sur les clans ».

Alors même qu’il cherche à rétablir le suffrage universel dans la détermination du leadership du pays, James Swan, l’envoyé de l’ONU en Somalie, affirme que le pays devra encore trouver des moyens d’assurer une coopération efficace entre le gouvernement central et les États fédéraux, qui s’est avérée constituer « un obstacle à la réalisation des priorités nationales importantes » l’année passée.

Dans l’intérêt de la nation, les leaders de la Somalie doivent agir de toute urgence pour sortir de l’impasse entre l’État central et les États fédéraux.

– James Swan, envoyé de l’ONU en Somalie.

La Somalie devra toutefois continuer à lutter contre l’extrémisme violent, le terrorisme et la corruption, alors que la Mission de l’Union africaine en Somalie (AMISOM) commence à planifier son retrait de la Somalie. L’année dernière, le Conseil de sécurité de l’ONU a prolongé le mandat de l’AMISOM pour une durée d’un an et a autorisé le retrait de 1000 membres du personnel en uniforme.

L’Éthiopie

De l’autre côté de la frontière à l’ouest, les Éthiopiens prévoient de se rendre aux urnes en mai 2020 pour élire de nouveaux membres de la Chambre des Représentants. Les dernières élections, qui ont été remportées par la coalition de l’Ethiopian People’s Revolutionary Front (EPRF), ont été organisées en 2015.  Le 1er décembre 2019, tous les partis politiques formant la coalition de l’EPRF, à l’exception du Tigray People’s Liberation Front, ont été dissous pour former le Prosperity Party dirigé par le premier ministre actuel, Abiy Ahmed.

Faisant allusion aux incidents passés de violence politique en Éthiopie, Ahmed affirme que toute tentative de reporter les élections après mai 2020 entraînera des problèmes.

La démocratie a besoin d’entraînement. Si nous déclarons que nous ne pouvons organiser des élections maintenant, cela entraînera de nombreux problèmes. Nous devons travailler sans réserve et développer la confiance de la population.

– Abiy Ahmed, s’adressant au parlement en octobre 2019.

Les élections seront les premières organisées sous Abiy, qui a pris ses fonctions en 2018 et a commencé à introduire des réformes politiques et économiques, qui ont, entre autres, permis la libération de prisonniers politiques, notamment de journalistes et de blogueurs. Des réformes qui lui ont valu le Prix Nobel de la Paix en 2019.

Le militant populaire et propriétaire de médias, Jawar Mohammed, qui fut un temps un partisan d’Abiy, devrait être son rival lors des prochaines élections. Il s’est attaqué, à plusieurs reprises, au bilan des réformes du premier ministre, l’accusant de tenter de ramener le pays à l’ère de la politique dictatoriale.

[Abiy] a eu recours aux premiers signes d’une dictature, en essayant d’intimider des individus, même ses plus proches alliés qui l’ont aidé à arriver au pouvoir, lorsqu’il leur arrivait de ne pas être d’accord avec certaines des politiques, positions et idéologies qu’il défendait.

– Jawar Mohammed, lors d’un entretien avec l’AFP.

Abiy et Jawar sont tous deux issus du groupe ethnique des Oromos.

Concernant la liberté d’expression, la « loi sur les discours de haine » constituera un sujet majeur de préoccupation pour les professionnels des médias et les commentateurs politiques. La loi propose la pénalisation de la désinformation sans fournir de définition claire de celle-ci, ouvrant la voie à une utilisation abusive de la loi en vue d’étouffer la liberté d’expression.

Toujours en Éthiopie, les plans du pays consistant à construire un barrage de cinq milliards de dollars sur le Nil Bleu a rencontré l’opposition de l’Égypte qui menace de lancer une action militaire contre l’Éthiopie si le pays tentait de concrétiser ses plans. L’Égypte avance que le barrage privera le pays de l’eau dont il a besoin pour répondre aux besoins de sa production alimentaire et aux besoins domestiques. Le pays nord-africain invoque le Traité du Nil de l’époque colonial comme base de son droit d’usage de l’eau du Nil.

Les États-Unis ont mené les négociations entre les deux nations, dans l’espoir de prévenir un conflit ouvert. Le projet énergétique bénéficie d’un soutien massif auprès des citoyens éthiopiens. Le président des États-Unis, Donald Trump, a précédemment affirmé qu’il était impatient de se rendre en Éthiopie pour mettre en service le barrage.

Espérons que les négociations entre les deux pays aboutiront à la conclusion d’un marché qui permettra à l’Éthiopie de poursuivre la construction du barrage avec la possibilité d’exporter l’excédent d’énergie à l’Égypte et à d’autres pays voisins.

Le Soudan du Sud

De l’autre côté des frontières au sud-ouest, la nation la plus jeune d’Afrique qui est confrontée à la guerre civile depuis décembre 2013, est sur le point de signer un accord qui pourrait apporter une paix durable au Soudan du Sud. En décembre 2019, le président du Soudan du Sud, Salva Kiir, et son vice-président, Riek Machar, ont annoncé être prêts à former un gouvernement d’unité. L’annonce a été faite après trois jours de négociations sur ce que ces deux hommes considéraient comme des questions délicates, notamment la sécurité à Juba, une armée nationale unifiée et le nombre d’États au Soudan du Sud.

Le gouvernement d’Unité Nationale devrait être formé en mars 2020. Bien qu’il soit trop tôt pour crier victoire étant donné que ce n’est pas la première annonce de ce type faite par les deux leaders depuis la signature d’un accord de paix en 2018, on peut espérer que l’accord perdurera, les États-Unis et d’autres acteurs internationaux continuant à imposer des sanctions aux leaders de chaque camp du conflit.

L’Ouganda

De l’autre côté de la frontière plus au sud, en Ouganda, les élections ne sont pas prévues cette année, mais en 2021. Le chanteur musicien devenu politicien, Robert Kyangulani, plus connu sous le nom de « Bobbi Wine », s’est juré d’entrer en lice contre le président Yoweri Museveni au pouvoir depuis 1986. En 2005, le parlement ougandais a voté la suppression des limites du mandat présidentiel et l’année dernière une autre décision de justice supprimait la limite d’âge des candidats présidentiels auparavant fixée à 75 ans, préparant ainsi le terrain pour que Musevini, qui aura 76 ans en 2021, puisse se présenter pour un nouveau mandat.

Musevini a mené une sévère répression contre ses opposants et leurs partisans. Au cours des élections de 2016, son principal rival, Kizza Besigye du Forum for Democratic Change (FDC), a été la victime permanente de harcèlements de la part de la police, d’arrestations à domicile et d’agressions. Un sort similaire s’est abattu sur Kyangulani, qui a été arrêté plusieurs fois depuis qu’il a déclaré son intention de se présenter au plus haut poste du pays. Plusieurs de ses concerts ont été interrompus par la police. Kyangulani est un nouveau membre du parlement, qui représente la circonscription de Kyaddondo East dans la région centrale de l’Ouganda. On ne sait pas encore si Besigye du FDC tentera de nouveau sa chance à la présidence.

Le Rwanda

Le Rwanda a continué à entretenir des relations diplomatiques glaciales avec ses voisins car le président Paul Kagame les accuse de soutenir les Democratic Forces for the Liberation of Rwanda (FDLR) et d’autres groupes rebelles en vue d’ébranler son gouvernement.

Lors de ses vœux du Nouvel An 2019, Kagame a déclaré que ces actions mettaient en péril l’intégration régionale.

Certains voisins ont essayé de raviver le danger que représentent les FDLR, le RNC et d’autres forces négatives, a déclaré Kagame. Cela compromet les progrès par ailleurs positifs en matière d’intégration est-africaine et de sécurité régionale.

– Paul Kagame, président du Rwanda.

Bien qu’il n’ait mentionné aucun pays particulier lors de son discours, celui-ci a été interprété comme visant le Burundi. Au cours de l’année passée, le Rwanda a continué à accuser d’autres pays voisins, notamment l’Ouganda et la RDC, de soutenir les groupes rebelles rwandais.

Il sera intéressant de voir comment les déclarations du Rwanda affecteront les relations au sein de la Communauté de l’Afrique de l’Est en 2020.

Le Burundi

Le Burundi sera l’objet d’une attention particulière lorsque ses habitants iront voter cette année pour les présidentielles. Le gouvernement de Pierre Nkurunziza fait depuis longtemps l’objet de critiques en raison de la répression exercée à l’encontre des dissidents. Human Rights Watch a déjà accusé le gouvernement d’assassinats, de viols et d’intimidations des opposants politiques. Les groupes de l’opposition ont également accusé le parti au pouvoir de les attaquer et de créer un climat de peur, allégations niées par le gouvernement qui insiste sur le fait que les élections seront libres et équitables.

Un rapport de l’ONU indique qu’un climat de peur pèse sur toute personne qui n’a pas affiché son soutien au parti au pouvoir, le CNDD-FDD. La police, les forces de sécurité et la ligue des jeunes du parti, les Imbonerakure, ont continué à sérieusement enfreindre les droits humains, notamment en commettant des assassinats, des disparitions, des tortures et des viols collectifs contre les individus qui se seraient opposés au président.

Il est extrêmement dangereux d’exprimer ouvertement des critiques au Burundi aujourd’hui, la répression de ces voix est ce qui permet au pays de présenter une illusion de tranquillité mais « c’est une « tranquillité » basée sur la terreur, comme le montre la poursuite des crimes contre l’humanité perpétrés et les violations très graves des droits humains que nous avons documentés.

– M. Doudou Diène, président de la Commission d’enquête sur le Burundi.

La Tanzanie

Voisin du Burundi à l’est, la Tanzanie se rendra également dans les bureaux de vote en 2020. Si la loi électorale interdit les campagnes avant que la période électorale ne soit officiellement lancée, le Chama Cha Mapinduzi (CCM) devrait présenter le président John Pombe Magufuli comme son candidat. D’autres individus souhaiteraient cependant également se présenter sur la liste du CCM, notamment l’ancien ministre des Affaires étrangères, Bernard Membe. Le principal parti de l’opposition, CHADEMA, n’a pas encore annoncé qui sera son porte-drapeau pour le scrutin d’octobre, mais il est très probable qu’il choisisse son vice-président, Tundu Lissu, qui a perdu son siège parlementaire en 2019.

L’ACT Wazalendo de Zitto Kabwe devrait également présenter un candidat pour les prochaines élections. Kabwe a été un critique virulent de la présidence violente de Maghufuli. Il est également possible qu’une coalition de l’opposition regroupant tous les partis présente un seul candidat pour entrer en lice contre Maghufuli.

Le premier mandat de Maghufuli a été entaché d’accusations d’autoritarisme, de répression de l’espace démocratique, d’attaques contre la liberté de la presse et de violations des droits humains. Ces questions resteront centrales dans les conversations relatives aux élections en Tanzanie.

Maghufuli est également loué par ses partisans pour sa position ferme contre la corruption et les abus de pouvoir des fonctionnaires.

Le Kenya

Si les élections ne se dérouleront que dans deux ans dans l’économie la plus importante d’Afrique de l’Est, les Kenyans pourraient assister à des amendements de la Constitution qui entraîneront un changement de la structure du gouvernement. C’est le produit d’un rapport publié l’année dernière suite à un accord de paix entre le président, Uhuru Kenyatta, et son principal opposant aux élections de 2017 et ancien premier ministre, Raila Odinga.

La campagne pour un amendement constitutionnel provoquera inévitablement l’affrontement des factions politiques, les principales personnalités divergeant déjà quant à la façon de mettre en œuvre les propositions figurant dans le rapport. Les factions alliées au président Kenyatta et à M. Odinga se sont publiquement prononcées en faveur d’un référendum constitutionnel, tandis que les factions politiques alliées au vice-président Ruto souhaitent que les amendements soient effectués par le biais du parlement.

La relation entre M. Ruto et M. Kenyatta est glaciale depuis qu’un accord a été conclu entre M. Odinga et M. Kenyatta en 2018. Les partisans du vice-président ont accusé M. Odinga de comploter pour diviser la coalition au pouvoir et empêcher le vice-président de succéder au président Kenyatta.

À mesure que le Kenya se rapproche des élections de 2022 et étant donné la possibilité d’un référendum avant les prochaines élections, la fissure au sein de la coalition au pouvoir devrait s’élargir, et déboucher sur de nouveaux réalignements politiques avant le scrutin de 2022.

En dehors de la politique, l’année 2019 a connu des procès pour corruption retentissants. Même si personne n’a encore été condamné, des fonctionnaires de haut rang ont été contraints de démissionner et la purge devrait se poursuivre en 2022. Ceux qui, à ce jour, ont été accusés de corruption sont notamment le ministre des Finances, trois gouverneurs (le Kenya est divisé en 47 unités administratives, chacune dirigée par un gouverneur élu lors d’élections générale) et plusieurs fonctionnaires de haut rang.

Avec les contributions de Haimanot Ashenafi (Rédacteur en chef, Addis Maleda), Antony Masake (Africa Blogging/ Chapter Four, Ouganda) et Ipyana Gwaselya (Jamii Forums, Tanzanie).

 

 

Daniel Okoth
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