Présidentielle 2020 : Ouattara franchit le Rubicon d’un 3e mandat en Côte d’Ivoire

Présidentielle 2020 : Ouattara franchit le Rubicon d’un 3e mandat en Côte d’Ivoire

Par Fofana Baba Idriss

Alors que le chef de l’État ivoirien Alassane Dramane Ouattara (ADO) avait annoncé 6 mois auparavant, devant le parlement, qu’il s’engageait à « transférer le pouvoir » à une « nouvelle génération » au soir du 31 octobre 2020, il a finalement « reconsidéré » sa décision, en annonçant le 6 août 2020 qu’il sera candidat à sa propre succession à l’élection présidentielle du 31 octobre 2020. Ce revirement de dernière minute démontre clairement qu’ADO a décidé de s’accrocher au pouvoir.

Patatras ! Le sort s’acharne sur la Côte d’Ivoire. L’élection présidentielle du 31 octobre va-t-elle déboucher sur une nouvelle crise post-électorale comparable à celle de 2010 qui a fait au moins 3 000 morts ? C’est l’une des principales questions que bon nombre d’Ivoiriens se posent depuis l’annonce de la candidature du président de la République Alassane Ouattara pour un énième mandat après deux mandats présidentiels (2010 à 2015) et (2015 à 2020).

mars, 6 août, 7 août, 8 juillet… des chiffres qui parlent!

Un 5 mars 2020, le président de la République de Côte d’Ivoire Alassane Ouattara annonçait qu’il ne serait pas candidat pour un 3e mandat présidentiel le 31 octobre 2020. Un 6 août 2020, le même Alassane Ouattara revient nous dire dans un discours qu’il sera candidat à l’élection présidentielle. Cette déclaration d’Alassane Ouattara intervient à la veille de la célébration des 60 ans d’indépendance de la Côte d’Ivoire qui a lieu le 7 août 2020, et ce, un mois après la mort du premier ministre Amadou Gon Coulibaly le 8 juillet 2020.

Je n’entrerai pas dans le débat de ceux qui estiment que Ouattara a le droit de se représenter, qui pensent que cette candidature serait la première de la troisième République. J’estime que là n’est pas la question.

Une constitution « taillée » pour la présidentielle 2020 ?

Ainsi, Alassane Ouattara vient de donner raison à ceux qui ont juré la main sur le cœur qu’il s’est « taillé une Constitution » pour se maintenir au pouvoir. Moi qui avais écrit un billet le 10 mars 2020 sur ce blog pour dire que Ouattara avait fait mieux qu’Houphouët-Boigny en matière d’alternance, puisque le premier président ivoirien est mort au pouvoir. C’était mal connaître le pouvoir.

Lorsque Alassane Ouattara évoque un « cas de force majeur« , suite au décès du Premier ministre Amadou Gon Coulibaly, candidat initial du RHDP, pour aller à l’encontre de sa « parole donnée« , on se retrouve en face d’un homme qui « perd en crédibilité« , d’après ce que je lis ça et là sur les réseaux sociaux, aux yeux du monde entier qui avait salué sa décision de ne pas briguer un troisième mandat.

« (..) M. le président, en succombant à la tentation et à l’éternité politique, vous risquez de faire sombrer la Côte d’Ivoire dans un chaos que nous croyions éloigner à jamais. Allez-vous sacrifier tout ce que vous avez bâti pour vous classer du mauvais côté de l’histoire de notre pays? Allez-vous tomber sans résister dans le destin tragique des chefs d’État africain obsédés par le pouvoir ? »

– Meiway, une des icônes de la musique ivoirienne, dans un message adressé au président Alassane Ouattara

En disant que « cette décision » de candidature représente « un vrai sacrifice » pour lui « par amour » pour son pays, parce que ne voulant pas que l’économie ivoirienne sombre, que le taux de chômage grimpe en flèche, que l’insécurité gangrène à nouveau, Alassane Ouattara met en avant un « faux alibi » d’autant plus qu’il nous a fait croire qu’il n’avait plus la force à 78 ans pour continuer à diriger la Côte d’Ivoire. Comment comprendre que subitement M. Ouattara s’est ragaillardi à la suite du décès de son « fils » Amadou Gon Coulibaly?

Un sacrifice de trop pour un mandat de trop ?

Où est passée la « nouvelle génération » dont le président Ouattara parlait ? Or donc, la nouvelle génération en question se résumait en la seule personne de feu Amadou Gon Coulibaly ? Faut-il comprendre par là que Hamed Bakayoko (55 ans) ou Patrick Achi (64 ans), pour ne citer que ces deux éminents cadres du RHDP qui ont occupé de hautes fonctions au sommet de l’État pendant environ 10 ans aux côtés du Président Alassane Ouattara, ne sont pas dignes de représenter le parti au pouvoir à la prochaine élection présidentielle ivoirienne ? Après nous avoir faire croire qu’il travaillait à faire en sorte qu’une équipe lui succède. Aujourd’hui, le constat est qu’il n’a jamais eu confiance en cette équipe avec qui, pour la majorité d’entre eux, il a travaillé pendant presque 10 ans, en dehors de la personne de l’ex-premier ministre Gon Coulibaly. C’est pathétique !

« S’il n’y a aucune personne dans la jeune génération, compétente, pour vous succéder, vous avez dès lors échoué M. le Président [Ouattara]. Et, il faut le reconnaître en renonçant à ce 3e mandat, qui sera de trop », a martelé Meiway.

Houphouët a-t-il transféré le pouvoir à Ouattara ?

À ce que je sais, Alassane Ouattara a été le seul Premier ministre du président Houphouët-Boigny de 1990 à 1993. Combien de temps a-t-il été à l’école du père fondateur de la Côte d’Ivoire pour vouloir lui succéder à la suite de son décès ? Pourquoi M. Ouattara croit qu’il doit forcément former quelqu’un à qui il devrait « transférer le pouvoir », sachant que Félix Houphouët-Boigny ne lui avait pas transféré le pouvoir ?

Quel que soit le beau bilan du RHDP ou de la gestion du président Ouattara de 2011 à 2020, rien ne présage qu’au soir de l’élection du 31 octobre 2020 le RHDP sera déclaré vainqueur dans les urnes. Mais à écouter Alassane Ouattara, à travers son discours du 6 août, on a l’impression que la sixième élection présidentielle de Côte d’Ivoire est vraiment « bouclée et gérée« , selon le slogan créé par Hamed Bakayoko. Si c’est le cas, n’allons-nous pas vers une prochaine crise post-électorale?

Alors que certains observateurs avertis de la scène politique ivoirienne s’accordent à dire qu’aucun parti politique n’est capable de gagner à lui seul une élection présidentielle sans alliance de nos jours, comme cela a été le cas en 2010 et en 2015, le RDR devenu RHDP, va-t-il nous surprendre en 2020 sachant que plusieurs partis politiques issus de l’opposition avec à leur tête l’ex-président Henri Konan Bédié ont créé une plateforme pour se soutenir en cas de deuxième tour ? Le chef de file de la plateforme de l’opposition, qui a été l’allié de Ouattara en 2010 et en 2015 va-t-il accepter les résultats en cas de défaite ?

L’artiste reggae engagé, Tiken Jah Fakoly, ne croyait pas si bien le dire dans une de ces vidéos il y a quelques semaines : « (..) Accepter que l’un des trois leaders politiques [Bédié, Ouattara, Gbagbo] soit candidat aux prochaines élections en Côte d’Ivoire, c’est insulter la mémoire des 3000 de nos compatriotes qui sont morts pendant la crise post-électorale de 2010-2011. »

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