Politique en matière de faim en Zambie

Politique en matière de faim en Zambie

Un rapport récent de Global Hunger Index (Indice de la faim dans le monde) a classé la Zambie au cinquième rang des pays les plus affamés dans le monde. Ce classement est, par pure coïncidence, publié au moment où le pays lutte contre une sécheresse sévère qui a dévasté plus de la moitié du pays, principalement dans les Provinces du Sud, centrale et Occidentale, contraignant de nombreux ménages ruraux à survivre en consommant des fruits sauvages, des racines et des tubercules.

Malgré une longue période de paix et de stabilité, les variations climatiques ont sévèrement affecté le pays enclavé qu’est la Zambie, où la plupart des agriculteurs dépendent de l’agriculture pluviale. Au cours de la saison agricole 2018/2019, bon nombre des régions du sud et de l’ouest de la Zambie ont connu les précipitations les plus faibles depuis 1981 au moins.

Aujourd’hui, 40 % des enfants zambiens souffrent encore d’un retard de croissance, un taux resté stable ces dernières années. L’ONU estime que le nombre actuel de Zambiens souffrant d’une insécurité alimentaire aiguë (1,7 million) pourrait augmenter pour atteindre 2,3 millions d’ici mars 2020.

De nombreux acteurs ont demandé au gouvernement zambien de déclarer la situation de faim comme catastrophe nationale mais cet appel est pour l’instant resté lettre morte. Le gouvernement zambien insiste sur le fait que la situation de faim est sous contrôle. Le président Edgar Lungu a déclaré que ceux qui voulaient aider en fournissant une assistance alimentaire étaient libres de le faire, sans que son gouvernement n’ait besoin de reconnaître la gravité de la situation.

Lors de son discours d’adieu, le Haut Commissaire britannique sortant, M. Fergus Cochrane-Dyet, a observé les points suivants :

« Les pays voisins ont déclaré des situations d’urgence alimentaire. Pourquoi pas la Zambie ? On estime que 2,5 millions de Zambiens seront bientôt affectés par la crise. Déclarer une situation d’urgence permettrait de débloquer l’aide humanitaire internationale que les bailleurs ne peuvent sinon fournir. Des gens décèderont sans aucun doute de la malnutrition, aggravée par les maladies. Les Zambiens et les protagonistes extérieurs qui refusent de voir l’urgence devraient peut-être examiner leur conscience ».

Hakainde Hichilema, leader du plus grand parti de l’opposition de la Zambie, l’United Party for National Development (UPND), a déclaré la situation de faim comme catastrophe nationale, suscitant la colère généralisée du parti au pouvoir et de ses partisans qui ont remis en question son autorité à prononcer une telle déclaration alors qu’il n’est pas membre du gouvernement. Quelques jours après la déclaration de Hichilema, l’Union Européenne a publié un appel aux organisations d’aide humanitaire à déposer des demandes de financement en vue de fournir une assistance alimentaire aux régions de Zambie touchées par la sécheresse.

« Lungu a tort de refuser de déclarer la situation de faim dans le pays comme catastrophe nationale alors que la majorité de notre peuple est contraint de se nourrir de fruits sauvages qui ne sont pas mûrs. Dans les districts de Chibombo et de Rufunsa seulement, notre peuple n’a pas accès à l’eau potable, aux services de santé et aux aliments » a déclaré M. Hichilema.

Récemment, quelques Zambiens ont exprimé leur intention de fournir une assistance pour améliorer la situation. C’est notamment le cas de Hichilema, qui se serait déclaré prêt à aider les régions affectées en faisant don de vingt-cinq milles sacs de farine de maïs, mais le gouvernement aurait refusé ce don. Quelques analystes affirment que les autorités zambiennes refusent les dons internationaux et maintenant locaux sur la base de mauvaises intentions.

Caritas Zambia, une branche de la justice sociale de l’Église catholique, a également appelé le gouvernement à déclarer la situation de faim comme une catastrophe dans certaines régions du pays. Lors d’une conférence de presse, l’évêque directeur de Caritas Zambia, Evans Chinyemba, a affirmé que les lieux dans lesquels s’étaient rendus les agents de l’Église catholique avaient indiqué que 79 % des cultures étaient affectées par la sécheresse, 13 % par les inondations tandis que 4 % étaient affectées par la sécheresse et par les inondations.

L’évêque Chinyemba a déclaré les provinces du Sud, Occidentale, de Lusaka, de l’Est, centrale et de Luapula comme quelques-unes des provinces affectées au cours de la saison agricole précédente. Il a affirmé qu’outre les mauvaises récoltes, la sécheresse prolongée au cours de la saison agricole précédente avait entraîné des pénuries d’eau pour la consommation animale comme humaine, et de nombreux ménages n’ont à l’heure actuelle rien à manger et survivent en consommant des fruits sauvages.

L’évêque Chinyemba a affirmé que la Conférence zambienne des évêques catholiques, par le biais de Caritas Zambia et d’autres acteurs, visait par conséquent à dépenser pas moins de 9,4 millions d’USD pour aider les 42 000 ménages qui ont été affectés par les conditions météorologiques défavorables.

Le commentateur et blogueur politique, Prof. Hansungule décrit le refus des autorités zambiennes de déclarer la faim comme catastrophe nationale comme étant une forme de nettoyage ethnique.

« La stratégie de Lungu quant à la faim induite par la sécheresse en Zambie est très claire. Parce que les régions gravement affectées par la faim sont également celles qui votent contre lui lors des élections, il est préférable de ne pas les aider. C’est un nettoyage ethnique, un crime de guerre. Il ne se soucie tout simplement pas des gens qui vivent dans ces régions, car après tout ce sont ses opposants. C’est la seule raison pour laquelle il ne prend pas la peine de déclarer la situation d’urgence ».

Il a ajouté :

« Depuis qu’il est au pouvoir, Edgar Lungu a systématiquement détruit les services publics pour toute personne issue de groupes perçus comme s’opposant à lui. Des centaines de hauts fonctionnaires issus de groupes dits de l’opposition ont été prématurément mis à la retraite ou simplement destitués sur la base de leur appartenance ethnique alors que seuls les membres de son groupe ethnique ont été désignés et promus. Pour la première fois depuis l’indépendance, le cabinet est délibérément non représentatif de tous les groupes », avance-t-il.

Il est clair que les politiciens ont  délibérément  choisi de politiser la situation de faim dans le pays alors que des vies sont en danger.

 

Bruce Chooma
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