Les arrestations de Bobi Wine unifient les Ougandais qui réclament justice

Les arrestations de Bobi Wine unifient les Ougandais qui réclament justice

L’Ouganda a vécu deux semaines houleuses. Les violences ont éclaté le 11 août 2018 lors d’une élection à Arua, au nord-ouest du pays. C’est aussi le jour où j’ai eu un accident de moto. J’étais à l’hôpital, en train de me faire recoudre, lorsque des vidéos et des images de ce qui se passait à Arua ont commencé à être diffusées, la veille de l’élection.

Le parti au pouvoir, le NRM, avait un candidat, le principal parti du FDC avait un candidat, et la brigade rouge, le mouvement People Power (« Pouvoir du peuple ») avait également un candidat. C’était le dernier jour de la campagne et les derniers rassemblements eurent lieu cet après-midi-là : trois rassemblements principaux dans une très petite ville. Après cela, je ne suis pas parvenu à saisir ce qui s’est passé ce soir-là, mais des individus ont jeté des pierres sur une partie du convoi du président (certains disent que cela a été prévu à l’avance ; honnêtement, je n’en sais rien). Tous les membres de l’opposition, ou la plupart d’entre eux, en particulier ceux qui faisaient partie de la Brigade rouge, dirigée par l’artiste Bobi Wine qui est aussi député, ont été arrêtés ; certains ont été jetés en prison, d’autres ont été arrêtés et détenus par l’armée, et d’autres ont été torturés presqu’à mort.

Au cours des derniers jours, on a vu apparaître des hashtags qui ont ébranlé le monde : #FreeBobiWine #Arua33. Bobi Wine est devenu l’icône de la lutte en cours, éclipsant les 33 autres personnes arrêtées avec lui. Nous avons vu une nation s’unifier et se rassembler pour réclamer justice. Des veillées et des messes ont été organisées, des conférences de presse et des discussions sur Twitter sur la torture, la situation des affaires du pays et son avenir, entre autres sujets, ont été menées par tant de personnes, jeunes et plus âgées. La peur était si présente que le seul moyen de nous réconforter était de nous rassembler.

Pour un homme qui ne connaît probablement pas grand chose aux médias sociaux, en l’espace de dix jours aviron, le président ougandais avait fait environ cinq déclarations par écrit aux Ougandais ou aux jeunes Ougandais qu’il appelait Bazukulu (petits enfants).

La propagande en ligne battait son plein tant du côté du gouvernement que du côté non gouvernemental sur ce qui se passait. Pendant un instant, j’ai eu l’impression que tout allait exploser. Comme si le chaos était sur le point de s’établir. Les groupes WhatsApp surchauffaient. Il fallait vraiment faire attention à ne pas croire à de fausses nouvelles. Car tout semblait arriver au bon moment et être véridique. C’était déprimant. C’était effrayant et écœurant, entre autres sentiments, de penser à tout ce qui aurait pu se passer et ce qui s’est réellement passé.

Avons-nous un gouvernement qui ne se soucie vraiment pas de son peuple ?

Est-on proche du point de basculement ?

Les Ougandais ont-ils enfin trouvé un moyen de s’exprimer ?  Nous avons toujours été considérés comme des personnes si dociles qui manquaient de détermination et ne passaient pas à l’action.

Pouvons-nous utiliser cette dynamique pour obtenir le changement que nous souhaitons de tout notre cœur ?  Sommes-nous suffisamment organisés ? Sommes-nous prêts à vivre le changement ?  Savons-nous ce qu’est le changement et ce qu’il faut pour y parvenir ?

Tant de questions. Tant d’émotions. Très peu de réponses. Très peu de compréhension.

Demain, Bobi Wine reviendra au pays après avoir demandé à être soigné suite aux tortures qu’il a subies lors de sa détention par la police. J’ai vu un post sur Facebook qui incitait tout le monde à porter du rouge. Un autre post affirmait citer le porte-parole des forces de police, Emilian Kayima : « Nous demandons à ce que personne ne se penche ou se tienne près de la route d’Entebbe jeudi lorsque Bobi Wine rentrera en Ouganda. »

Les Ougandais aiment se pencher au bord de la route. C’était trop drôle. J’ai éclaté de rire en lisant cela.
Un autre post était un long texte mettant en garde Bobi Wine quant à l’usage de ses tactiques. « Alors que nous défions la gérontocratie et tout ce qu’elle représente, une discipline de non-violence doit être maintenue face à l’extrême violence que ceux qui nous gouvernent infligeront en abondance. »

Dans un autre post, quelqu’un demandait à Bobi Wine de garder la plus grande distance possible avec le centre-ville :

« … Cet homme, Bobi Wine, doit rentrer chez lui jeudi en tant que simple patient, tout comme lors de son départ en Amérique. Il ne doit pas perturber la route principale menant à l’aéroport international d’Entebbe et causer par inadvertance des violences inutiles. »

Toutes mes prières vont vers une issue pacifique.

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Shawn Mubiru

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