Le Zimbabwe après le « Coup d’État » : Espoir, liberté d’expression, ouverture aux affaires

Le Zimbabwe après le « Coup d’État » : Espoir, liberté d’expression, ouverture aux affaires

Ceci est le récit tiré de l’atelier 2018 Blogging Africa tenu récemment à Harare, au Zimbabwe.

Atterrir à Harare, la capitale du Zimbabwe, était censé être l’affaire d’un vol de 45 minutes. Mais comme d’habitude, Kenya Airways était encore en retard.« En raison d’un défaut de fonctionnement de l’un de nos ordinateurs, nous avons le regret de vous annoncer que nous devons éteindre les moteurs afin de le réinitialiser », nous a annoncé le commandant de bord alors que nous attendions anxieusement à bord d’un Embraer 190 à l’aéroport international Kenneth Kaunda, à Lusaka.

Peu après, toutes les lumières et la climatisation de l’appareil se sont éteintes. J’ai soudain réalisé que les moteurs de l’avion étaient réellement coupés. Dix minutes plus tard, les moteurs se remettaient en marche et quelques instants après, nous décollions de Lusaka, direction le Zimbabwe.Au cours des 50 minutes qui suivirent, de nombreux scénarios me sont venus à l’esprit. Serai-je arrêté à mon arrivée à l’aéroport ? Le Zimbabwe n’est pas connu pour l’accueil chaleureux qu’il réserve aux journalistes. Pour toute mission journalistique ordinaire, les reporters étrangers sont tenus de s’enregistrer auprès du Journalism Council of Zimbabwe (Conseil du Journalisme du Zimbabwe), ce que je n’avais pas fait.

Pour aggraver ma situation, la profession indiquée sur mon passeport était journaliste. J’ai repensé à Bemba et à son Fili Oko Tuleya, « nous verrons bien ce qui se passera », et j’ai essayé d’arrêter de penser à ce qui se passerait avec les agents de l’immigration une fois à l’aéroport. Alors que nous entamions notre descente vers l’aéroport international Robert Gabriel Mugabe, je fus de nouveau assailli par des pensées d’expulsion ou d’arrestation.

Encore une fois, je fus assailli par l’esprit du Fyalaisova, « on se débrouillera ». La peur au ventre, je descendis de l’avion après avoir atterri et montai dans la navette pour rejoindre le terminal des arrivées. Alors que nous entrions dans le terminal, nous fûmes salués par une grande bannière qui proclamait « LE ZIMBABWE EST OUVERT AUX AFFAIRES », à côté du visage souriant d’Emmerson Mnagagwa, le nouveau président du Zimbabwe, qui nous fixait du regard.

A la vue de l’image du président, je me suis souvenu de son neveu Jackson Mnangagwa, qui avait comme moi été élève au lycée de Mumbwa de 2000 à 2002. Chose intéressante, le président Mnangagwa avait également été élève dans la même école quelques décennies plus tôt quand il vivait à Lutondo, à 15 kilomètres de mon village natal de Lubanze dans le district de Mumbwa, en Zambie.

Nous, les habitants de Mumbwa, affirmons même que le président du Zimbabwe est l’un des nôtres. Lâchement, je me suis assuré que mon ami Bruce Chooma, qui est également journaliste, était devant moi dans la file alors que nous attendions l’autorisation des agents de l’immigration, qui étaient toutes des femmes.

Bruce, qui est également blogueur, s’est avancé et a présenté son passeport ainsi que la lettre d’invitation du bureau de KAS Media Africa, les organisateurs de l’atelier #AfricaBlogging auquel nous allions participer. Il fut interrogé pendant plus de 10 minutes, ce qui n’a fait que m’effrayer encore davantage. On me conduisit ensuite devant un autre agent et je présentais mes papiers.

« Neimwi uyu journalist shamwari » (il y a un autre journaliste, mon amie), indiqua l’agent de l’immigration à sa collègue qui s’occupait de Bruce. Après quelques questions, l’agent me demanda de signer un formulaire qui ne m’autorisait à rester au Zimbabwe que cinq jours, sans possibilité d’extension.

« Conservez bien ce document, vous devrez le remettre à l’agent de l’immigration le jour où vous quitterez le pays. Si vous le perdez, vous devrez payer une amende de 100 dollars », me prévint-elle. A ce moment-là, j’avais encore plus peur, mais elle m’autorisa à aller récupérer mon bagage et je sortis enfin de l’aéroport. Alors que nous montions dans un taxi, je poussai un soupir de soulagement. Mon ami sénégalais et blogueur, Fanta Diallo Bruce et moi-même sommes montés dans un taxi pour rejoindre un hôtel situé dans le quartier de Msasa, à Harare.

Un regain d’espoir pour le nouveau Zimbabwe

Dans cette nouvelle ère dans laquelle le pays est entré, nous étions libre d’aller où bon nous semblait dans Harare sans le moindre garde sur les talons. Cela n’était pas le cas quelques années plus tôt quand les journalistes étrangers n’étaient pas les bienvenus dans le pays. Mais depuis que l’armée zimbabwéenne a destitué Robert Mugabe et mis au pouvoir Mnangagwa son vice-président, aujourd’hui troisième président du pays, le Zimbabwe a connu un certain nombre de changements.

Alors que nous nous rendions à l’hôtel, nous avons essayé de discuter politique et affaires courantes avec notre chauffeur de taxi, mais l’homme devait toujours vivre à l’ère de Mugabe, quand la population vivait en permanence dans la peur. A notre arrivée au Cresta Lodge, nous avons été accueillis par une femme souriante ; le nom de famille qui apparaissait sur son badge indiquait qu’elle était d’origine Banda. Immédiatement, je la saluai dans le Nyanja de Lusaka, mais étonnamment, elle me répondit en Tonga et nous avons commencé à discuter. Nous avons bavardé pendant 10 minutes et Bruce, qui est lui-même Tonga, était parfaitement à l’aise. Au restaurant de l’hôtel où nous avons dîné ce soir-là, nous avons vu un certain nombre de Zimbabwéens qui buvaient de la bière et discutaient ouvertement de la façon dont « LE ZIMBABWE EST MAINTENANT OUVERT AUX AFFAIRES ».

Alors que nous buvions à petites gorgées notre Zambézi, la célèbre bière locale, les Zimbabwéens continuaient à parler de la façon dont l’environnement des affaires avait changé ; ils espéraient que les élections législatives arrivent rapidement à leur terme afin que les investisseurs puissent injecter les devises dont le pays avait tant besoin. C’était le type de discussions qu’avaient les Zimbabwéens que j’allais rencontrer les quatre jours suivants. Ce qui m’a frappé, c’est qu’ils avaient maintenant espoir en l’avenir, qu’ils ne vivaient plus dans la peur de ce que le lendemain leur réserverait, Mugabe était maintenant relégué à son domicile et ne jouait plus aucun rôle dans le pays.

Le lendemain était le premier jour de l’atelier #AfricaBlogging, un rassemblement annuel de blogueurs d’Afrique subsaharienne réunis pour discuter des tendances sur le continent et en apprendre davantage sur le domaine de l’échange de l’information. Une telle conférence n’aurait jamais pu avoir lieu dans les 37 années durant lesquelles Mugabe a dirigé le gouvernement de l’ancienne colonie britannique. Même dans le cas improbable où cela aurait pu être le cas, des agents de l’État l’aurait surveillée de près.

« Si cela s’était produit à l’époque de Mugabe, des individus qui n’auraient pas été des employés de cet hôtel se seraient soudainement mis à prétexter réparer les fenêtres pour écouter les débats. Et ils auraient pris plus de temps que nécessaire pour une telle réparation afin de pouvoir savoir ce qui se passe »,

a indiqué Davi Mbae, un représentant résidant de KAS Zimbabwe,.Christoph Plate de KASMedia Africa était ravi que l’équipe ait pu se rendre à Harare.

« Nous avons choisi le Zimbabwe pour la conférence #AfricaBlogging de cette année en raison de la transition politique à laquelle nous avons assistée l’année dernière. Et le fait que nous ayons été librement accueillis et que nous ayons pu organisé cet atelier à Harare témoigne des nouvelles libertés au Zimbabwe ».

Plate, lui-même correspondant de longue date de plusieurs publications allemandes en Afrique depuis les années 1990, a noté que bien qu’une poignée de blogueurs ouest-africains n’aient pas pu obtenir de visas pour participer à la conférence, l’atmosphère au Zimbabwe à l’ère post-Mugabe était prometteuse. Blessing Vava et Takura Zhangazha, blogueurs et analystes politiques zimbabwéens de premier plan, ont fait part de leurs perspectives sur la nouvelle ère.

« Les élections de cette année sont les premières dans lesquelles Mugabe ne figure pas sur les bulletins de vote. C’est aussi les premières élections auxquelles le principal rival de Mugabe (Morgan) ne participe pas. Lors des élections précédentes, vous n’auriez jamais vu de Zimbabwéens s’exprimer dans les médias sociaux, mais aujourd’hui, nous avons même des mouvements hashtag »,

déclara Blessings.Blessing, Zimbabwéen et auteur au sein de AfricaBlogging, a poursuivi en expliquant qu’après la destitution de Mugabe par l’armée en novembre dernier, les médias sociaux s’étaient ouverts et étaient devenus une importante source d’informations pour les masses. Selon lui, le président Mnangagwa avait également été contraint d’ouvrir des comptes Facebook et Twitter pour solliciter les suffrages et interagir avec les électeurs du fait de l’influence des médias sociaux.

Takura, également auteur pour AfricaBlogging, a cependant affirmé que très peu de choses avaient changé au Zimbabwe après le coup d’état de novembre. Il a indiqué que la cyber-sécurité posait toujours problème dans la région, comme partout en Afrique australe. « Il existe un projet de loi sur la cyber-sécurité, mais il est toujours en suspens. Il devrait être promulgué après les élections en juillet » a affirmé Takura.Le jour de l’ouverture de la conférence #AfricaBlogging, Nelson Chamisa, le candidat fougueux aux élections présidentielles du parti MDC de feu Tsvangirai, avait organisé une manifestation dans les rues de Harare pour appeler à des réformes électorales avant le scrutin de juillet. La manifestation pacifiste, que les policiers avaient approuvée, n’aurait jamais été possible si Mugabe avait toujours été président.

Changer le paysage des médias et la liberté d’expression

Mais dans la nouvelle ère, l’opposition a envahi Harare pour faire entendre sa voix. Cet après-midi-là, nous nous sommes rendus dans les locaux de 263 Chat, une société de médias sociaux qui fournit des actualités quotidiennes à plus de 20 000 abonnés en ligne. La société, dont les locaux se trouvent au sein de la Batanai House dans le quartier central des affaires de Harare, utilise des plateformes de médias sociaux telles que WhatsApp, Facebook, Twitter, Instagram et LinkedIn pour fournir gratuitement ses actualités aux Zimbabwéens ordinaires, dans le pays et à l’étranger.

263 Chat a été fondée par Nigel Mugamu, un expert-comptable passionné par l’écriture et plaidant pour que les Africains racontent leurs histoires depuis une perspective panafricaine.

« J’en ai eu assez de la façon dont les médias comme BBC et CNN couvraient le Zimbabwe. Ils ne parlaient que de Mugabe, Joyce Mujuru et Tsvangirai. Je suis donc revenu au pays [il étudiait alors au RU] et ai eu l’idée de lancer des conversations et de raconter ce qu’il se passait par le biais des médias sociaux »,

a déclaré Nigel.Aujourd’hui, la société emploie 16 personnes, des jeunes pour la plupart, qui documentent les actualités en utilisant leur téléphone portable, des caméras professionnelles et autres outils, puis utilisent les médias sociaux pour diffuser l’information.

« Après le coup d’État ? Pas de coup d’État ? Les gens sont maintenant libres de discuter des questions dont ils avaient peur de parler. Aujourd’hui, vous pouvez entendre les gens parler de Gukurahundi et autres sujets interdits. Même nous, nous ne recevons plus la visite des agents de l’État, nous sommes maintenant libres de faire notre travail. Les histoires que nous avions peur d’écrire, nous les écrivons maintenant. En ce qui concerne les affaires, nous avons même encore plus de clients.  Le changement est là »,

a affirmé Nigel en réponse à une question de ce blogueur.Gukurahundi, que Nigel a mentionné, est un terme utilisé pour décrire le massacre de près 20 000 personnes Ndebele à Matebeleland et dans la province des Midlands par l’armée zimbabwéenne au début des années 1980. Les massacres constituaient un sujet houleux, dont les Zimbabwéens n’avaient pas le droit de parler de crainte d’être arrêtés, mais depuis la chute de Mugabe, les citoyens peuvent maintenant en parler. Certains pointent du doigt Mugabe tandis que d’autres accusent le président Mnangagwa d’avoir fait partie de ceux qui avaient planifié et exécuté les assassinats. Mais les discussions ouvertes sur le sujet n’ont été possibles qu’après le départ du président Mugabe.

D’après la conversation de près de deux heures que j’ai eue avec Nigel, il était clair que les Zimbabwéens était libérés des craintes qu’ils avaient à l’époque de Mugabe. Les gens sont maintenant libres de s’exprimer sans crainte d’être arrêtés ou d’être victimes de représailles approuvées par l’État. Une petite promenade dans les rues de Harare a révélé que la présence policière généralement forte avait disparu. Les seuls policiers présents étaient ceux qui étaient déployés aux principaux carrefours pour contrôler la circulation aux heures de pointe en début et en fin de journée. Dans le pays, les 16 postes de contrôle qui auparavant étaient généralement installés entre Harare et la ville de Masvingo auraient visiblement tous été supprimés et les automobilistes circuleraient maintenant librement sans peur d’être arrêtés par la police de la circulation.Tous ces signes de changement relatif ont redonné espoir au pays. Les Zimbabwéens attendent maintenant le mois de juillet que les élections soient passées, pour voir si la promesse de changement du président Mnangagwa sera toujours valable quel que soit le vainqueur du scrutin.

En avant avec le Zimbabwe

Alors que je quittais l’aéroport international Gabriel Mugabe, après avoir remis le document que l’agent de l’immigration m’avait remis à mon arrivée, j’ai prononcé une courte prière pour demander à Dieu d’aider les Zimbabwéens à gérer cette liberté nouvellement acquise.J’ai demandé à Dieu de s’assurer que les élections de juillet se déroulent de manière pacifique et que le candidat du peuple remporte les élections afin que les Zimbabwéens puissent vivre en paix et reconstruire leur économie aujourd’hui au point mort. J’ai demandé à Dieu de les aider à renflouer les caisses des banques dont les distributeurs sont vides, que personne ne peut actuellement utiliser et de les aider à réutiliser le dollar zimbabwéen plutôt que le Rand sud-africain et le Dollar américain qui sont aujourd’hui devenus les monnaies légales du pays.Ma prière terminée, j’ai crié Pamberi Ne Zimbabwe (« En avant avec le Zimbabwe »), alors que l’avion de Kenya Airways décollait pour Lusaka.

 

Paul Shalala
Paul Shalala
CONTRIBUTOR
PROFILE

Auteurs principaux

Twitter

Anthony Masake

Different sides of the same coin. In 2018, someone in Washington DC may, in fact, be more informed about what's happening in Rwanda than a person in Rwanda or Uganda. It's about sources & connections, less about geographical location. @nbstv twitter.com/skaheru/…