Le politicien de l’opposition, Tundu Lissu, rentre au pays pour affronter Magufuli lors des élections d’octobre en Tanzanie

Le politicien de l’opposition, Tundu Lissu, rentre au pays pour affronter Magufuli lors des élections d’octobre en Tanzanie

Les élections en Tanzanie prévues en octobre 2020 auraient vu la défaite du président en exercice John Pombe Magufuli sans une formidable opposition remettant en cause sa tentative de second mandat. Cela a pourtant changé avec le retour de l’homme politique d’opposition, Tundu Antipas Lissu, après 3 ans d’exil en Belgique suite à la tentative ratée d’assassinat en septembre 2007.

Son arrivée lundi (27 juillet 2020) a vu une foule se presser à l’aéroport international Julius Nyerere à Dar es Salam, brandissant des drapeaux de la Tanzanie et de CHADEMA, dans ce qui a été largement considéré comme le signe d’une opposition florissante dans le pays. Lissu a subi plusieurs opérations chirurgicales à l’étranger après avoir essuyé 16 coups de feu à Dodoma, entraînant son évacuation à Nairobi dans le Kenya voisin où il a bénéficié d’un traitement pendant des semaines avant d’être transporté par avion en Belgique pour d’autres procédures.

Par pure coïncidence, Lissu rentre au pays au moment où les Tanzaniens pleurent la mort de leur troisième président, Benjamin Mkapa, un président dont la critique qu’il en a faite l’a rendu célèbre dans tout le pays et lui a en définitive valu un siège parlementaire en 2010, représentant la circonscription de Singida East. Il a également auparavant occupé la fonction de président de la Tanganyika Law Society, l’association du barreau de la Tanzanie continentale, ainsi que de directeur juridique du parti de l’opposition tanzanienne, CHADEMA.

Critiques sévères

Le politicien de l’opposition est connu pour ses critiques sévères du Chama Cha Mapinduzi (CCM) dirigé par le président du gouvernement, Magufuli. Alors parlementaire, Lissu s’en était pris à la participation active du gouvernement dans des attaques contre la presse et les politiciens de l’opposition, par le biais d’intimidations exercées par des agents de l’État et d’arrestations arbitraires. Avant la tentative d’assassinat dont il a été victime, Lissu a été arrêté huit fois au cours de l’administration actuelle, la dernière arrestation s’étant produite deux semaines avant qu’on ne lui tire dessus. Bien que le président ait ordonné une enquête sur la tentative d’assassinat du parlementaire du CHADEMA, personne n’a été arrêté trois ans après.

D’autres politiciens qui ont subi le courroux du régime autoritaire de Magufuli sont notamment le leader du parti de l’Alliance for Change & Transparency Wazalendo (ACT Wazalendo), Zitto Kabwe, et le leader du parti CHADEMA, Freeman Mbowe.

Une semaine à peine après son arrivée, Lissu doit se présenter jeudi (30 juillet 2020) devant le tribunal pour l’affaire pénale numéro 123/2017, dans le cadre de laquelle il est accusé de sédition.

La confrontation

Les partisans de Magufuli, qui était très populaire au début de son mandat, comptent sur les développements d’infrastructures en Tanzanie, qui incluent des routes et des ponts construits à l’aide d’emprunts à la Chine, comme preuve de sa performance. Un aéroport international réaménagé à Dar es Salam, une ligne ferroviaire à écartement standard entre la ville portuaire et Morogoro à l’intérieur de la Tanzanie, un barrage qui n’est pas encore terminé, en cours de construction dans le Parc national Selous et la relance d’Air Tanzania avec l’achat d’avions à Boeing et Bombardier, sont quelques-uns des projets de développement que le CCM et ses partisans citent pour susciter un appui en faveur du président en exercice.

D’un autre côté, les politiciens de l’opposition et les militants des droits humains sont opposés à un second mandat de Magufuli, citant la détérioration des libertés de base et la fermeture de l’espace démocratique en Tanzanie. Les attaques incessantes contre la liberté de la presse de Magufuli, les arrestations de politiciens de l’opposition et la répression de la société civile ont fait l’objet de sévères critiques ces derniers temps. Pas plus tard que le mois dernier, le politicien de l’opposition, Zitto Kabwe, a été arrêté et détenu pour « avoir organisé une réunion politique illégale ». Des journaux tels que The Citizen, Mwananchi et Tanzania Daima ont été affectés par la position claire de son administration contre la liberté de la presse. Les politiciens de l’opposition ont également critiqué la gestion de la pandémie de COVID-19 par Magufuli, l’accusant de ne pas avoir informé la population de son étendue réelle. Les autorités n’ont pas mis à jour le nombre officiel d’infections par le COVID-19 du pays depuis trois mois, alors que Magufuli a déclaré que la pandémie était sous contrôle.

L’administration de Magufuli est également accusée d’impunité et de détruire l’indépendance de l’appareil judiciaire et du parlement en influençant des poursuites malveillantes contre des politiciens de l’opposition, en interdisant la diffusion en direct des débats parlementaires et en introduisant des lois anticonstitutionnelles.

Des élections compromises

Les politiciens de l’opposition en Tanzanie ont également critiqué la composition du corps électoral avant le scrutin d’octobre. Ils accusent le président et son parti, le CCM, de nommer des membres du parti comme commissaires de la commission électorale chargée de surveiller les prochaines élections. Le président a cependant maintenu que les prochaines élections seraient libres et équitables.

Tandis que Lissu espère être sélectionné par Chadema pour affronter Magufuli dans deux mois, il existe des pourparlers au sein de l’opposition en vue de présenter un candidat pour s’opposer au président en exercice. Bernard Membe, un ancien ministre des affaires étrangères qui a récemment rejoint l’ACT Wazalendo, s’intéresse également à la plus haute fonction de l’État.

NB :  Cet article a été publié pour la première fois en Anglais le 29.07.2020, certains détails peuvent avoir changé. 

Daniel Okoth
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Daniel Ominde Okoth

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