Le milicien qui a tué mon mari voulait que je l’épouse #Aveclesréfugiés

Le milicien qui a tué mon mari voulait que je l’épouse #Aveclesréfugiés

Avant que Maombi ne soit contrainte de quitter son village dans la région de Rutshuru, dans la province du Nord Kivu en République démocratique du Congo (RDC), elle menait une vie agréable ; elle et son époux étaient propriétaires et étaient à la tête d’une exploitation prospère, jusqu’à ce que sa famille ne devienne la cible de l’impitoyable milice armée résolue à la détruire. Son seul crime était d’être originaire d’une tribu différente.

« En décembre 2010, les hommes de l’armée ont fait trois descentes dans notre maison ; la première fois, ils ont dérobé nos biens dans la maison, ils ont tout pillé. Une semaine après, ils m’ont enlevée, violée, torturée, frappée et m’ont abandonnée dans un fourré près de chez moi. Le troisième raid s’est produit un samedi soir ; cette fois-ci, ils ont enlevé mon mari. Je me suis inquiétée quand je ne l’ai pas vu revenir ; avec l’aide de mes voisins qui savaient ce qu’il se passait, nous sommes partis à sa recherche. Le lundi soir, après une longue journée de recherche, j’ai trouvé son corps sans vie dans les fourrés ; il présentait ce qui semblaient être de profondes blessures de torture. J’étais anéantie. Le soir de l’enterrement, un véhicule de l’armée est rentré dans ma propriété, l’horrible commandant de la milice, qui avait enlevé et tué mon mari, est sorti du véhicule et m’a annoncé qu’il me demandait en mariage. Il m’a informé qu’il me donnait une semaine pour lui donner ma réponse. Il a pointé du doigt la tombe fraichement creusée de mon mari. « Tu le suivras si tu refuses de m’épouser ». Nous avons dormi dans les fourrés près de chez moi. Deux nuits plus tard, nous avons entendu des gens entrer chez nous, j’ai pris mes cadets avec moi et ai dit à mes ainés de s’enfuir. Je me suis cachée chez mon amie pour la nuit. Celle-ci me raconta qu’un homme avait emmené toutes mes possessions au-delà de la frontière, vers l’Ouganda. Elle me dit de ne pas m’inquiéter pour mes deux ainés. Qu’elle s’assurerait que quelqu’un les conduirait jusqu’en Ouganda. Elle était sure d’elle car elle venait d’une tribu qui n’était pas pourchassée. L’individu qu’elle avait contacté a accepté de nous emmener. Nous sommes montés dans son camion, qui transportait du maïs. Nous sommes arrivés à la frontière à Kasindi en passant par Bwera.

A la frontière, je suis restée silencieuse, le chauffeur du camion était le seul à parler. Je n’avais aucun papier, rien. Je ne sais pas ce qu’il a dit aux douaniers, mais ils ne m’ont rien demandé. Il nous a conduit à Kampala. Je n’avais pas réfléchi à ce que je ferais une fois là-bas. Il nous a laissé au terminal d’autobus de Gaaga. Là, j’ai entendu une femme parler en Kiswahili, je me suis approchée d’elle et lui ai raconté ce qui m’était arrivé. Elle ne savait pas comment m’aider mais elle m’a dit qu’elle connaissait une église qui avait accueillie plusieurs réfugiés congolais. Elle a réglé la course en boda-boda (mototaxi). L’église m’a accueilli à bras ouvert. Ils m’ont donné à manger et un endroit pour dormir avec mes enfants. J’ai demandé à des gens de m’emmener au poste de police, mais bon nombre étaient réticents à le faire. Deux mois plus tard, quelqu’un m’a accompagné au poste de police. Là, on m’a remis une carte de réfugiée et on m’a dit de me rendre au Cabinet du Premier ministre, où j’ai reçu une carte de demandeuse d’asile.

J’ai appelé Mama Gideon, la gentille femme que j’avais rencontrée au terminal de bus de Gaaga ; elle était heureuse d’avoir de mes nouvelles. Je lui ai dit que je voulais lancer une affaire mais que je n’avais pas le capital de départ. Mama Gideon m’a donné 100 000 shillings ougandais. J’ai commencé à vendre des colliers dans la ville. Nous étions tout un groupe de femmes congolaises, et nous avons commencé à épargner. J’ai réussi à louer une maison à Makindye. Le conseil municipal de Kampala avait décidé de chasser tous les vendeurs, il devenait donc difficile de vendre dans la rue. C’est à cette période que je suis tombée malade, et je ne comprenais pas pourquoi car je n’avais jamais eu de problème de santé. Je suis allée à InterAid car ils dispensaient gratuitement des soins médiaux aux réfugiés. Après leur avoir raconté mon histoire, ils m’ont fait un test de dépistage du VIH. J’étais séropositive. Je ne pouvais plus parcourir de longues distances à pied comme avant, et j’étais fatiguée de me battre avec le conseil municipal. Je ne vendais donc plus autant qu’avant. A InterAid, ils m’ont parlé de deux enfants dont l’histoire semblait correspondre à la mienne. Ils m’ont montré leurs dossiers, c’étaient mes aînés. J’étais si heureuse qu’ils s’en soient sortis. Nous avons été réunis. Quand les enfants m’ont rejoint, quelqu’un à l’église m’a parlé du Jesuit Refugee Council (Conseil jésuite pour les réfugiés) de Nsambya, qui parraine les enfants. Ils m’ont aidé à les scolariser. J’ai espoir que la vie devienne meilleure. C’est difficile ici, j’ai deux mois de loyer en retard et l’une de mes filles a dû abandonner ses études pour m’aider à subvenir aux besoins de notre famille. J’aimerais juste qu’ils puissent nous trouver un troisième pays, revenir à la maison est impossible car ceux qui nous ont torturés et ont tué mon mari s’en prendront à mes enfants ».

Les violences sexuelles servent toujours d’arme de guerre, en ciblant les victimes sur la base de leur appartenance ethnique réelle ou perçue. Ces violences sont employées comme tactique, outil de haine ethnique ou même de nettoyage ethnique. C’est l’un des crimes les moins rapportés, car les victimes ont honte et sont stigmatisées – et elles en subissent les conséquences toute leur vie.

Mais rendre justice est la dernière chose à laquelle Maombi pense. Les luttes quotidiennes contre la pauvreté dans les bidonvilles ougandais sont sa principale préoccupation, car elle veut donner à ses enfants une meilleure vie envers et contre tout. Elle est l’une des 350 000 réfugiés enregistrés à Kampala.

 

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Aine

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