Le fléau des migrations et des politiques publiques chancelantes dans les États africains

Le fléau des migrations et des politiques publiques chancelantes dans les États africains

Par Oladotun F. Roy

Les migrations n’ont jamais semblé constituer un problème majeur en Afrique jusqu’à  ce que des vidéos montrant des scènes macabres et sinistres de jeunes Africains qui risquaient tout sur la Méditerranée prennent des proportions virales dans les médias sociaux au début de l’année 2018.

Ces vidéos montraient des jeunes parqués sur une minuscule embarcation, tentant de traverser la Méditerranée et de rejoindre illégalement l’Italie et l’Espagne, deux des pays les plus pauvres d’Europe selon un récent rapport de l’Indice de développement humain.

Les scènes diffusées faisaient apparaître de manière évidente que ces jeunes Africains n’avaient pas été contraints de fuir leur pays d’origine pour un autre pays, en dépit de minces chances de survivre à ce voyage hautement périlleux et du risque très élevé d’être rapatriés dans leur pays d’origine, même s’ils survivaient à cette traversée périlleuse.

Aucune opposition ou obstacle n’a pu les faire renoncer – ignorant le danger imminent qu’il y a à traverser la haute mer à la recherche d’une vie meilleure ailleurs. C’est le degré de désespoir auquel des jeunes africains en sont rendus, qui les conduit à tenter de s’installer dans n’importe quel pays supposé développé, notamment en Europe ou en Amérique du Nord, à la recherche d’une vie meilleure.

Selon plusieurs rapports sur les migrations, en 2007, la BBC rapportait que l’Organisation internationale pour les migrations estimait à environ 4,6 millions le nombre de migrants africains vivant en Europe.

Selon des informations rapportées par le Migration Policy Institute, en 2018, environ 7 à 8 millions de migrants en situation irrégulière originaire d’Afrique vivaient dans l’UE. Le chiffre a augmenté de près de 4 millions en 10 ans. Un exode véritablement choquant !

Maintenant, la question à laquelle la plupart des États d’Afrique subsaharienne doivent répondre est de savoir ce qui pourrait inciter ces jeunes Africains, qui appartiennent à la tranche active de la population, à quitter leur continent pour trouver une vie meilleure ailleurs ?

Plusieurs raisons ont été invoquées pour expliquer pourquoi un Africain moyen s’engagerait dans une mission d’immigration clandestine dans un pays développé, et notamment le chômage, l’acquisition de compétences, l’éducation, la famine, entre autres.

Cependant, ces dernières années, il a été révélé que les politiques publiques chancelantes et défaillantes et le manque de volonté politique de la plupart des instances de décision des États africains d’institutionnaliser des cadres juridiques applicables aux problèmes économiques internes tels que la corruption, le détournement de fonds publics, le blanchiment d’argent, les détournements de fonds, le favoritisme, le népotisme, l’absence de plan clair pour autonomiser les jeunes et l’instabilité politique ont entre autres été les principaux annonciateurs de cet exode soudain vers l’Europe et d’autres pays étrangers, en particulier par les jeunes, considérés comme la tranche démographique la plus productive du continent.

Cette incapacité à mettre productivement en œuvre des politiques publiques pertinentes susceptibles de créer des opportunités d’emploi pour le grand nombre de diplômés a même entraîné des menaces relatives aux migrations intra-africaines sur le continent.

Nous utilisons ici la population nigériane à titre d’étude de cas : les Nigérians sont des Africains connus pour leur nature industrieuse, où que vous soyez amenés à les rencontrer dans le monde. Malheureusement, leur réputation en vient peu à peu à leur nuire, car les citoyens des pays hôtes dans lesquels ils sont installés commencent à les considérer comme une menace majeure à leurs moyens de subsistance. On les considère aujourd’hui comme des sangsues venues leur voler des emplois qui leur étaient destinés et les priver de leurs moyens socioéconomiques.

Le récent rapatriement massif observé au Ghana est révélateur de ce phénomène. Le 19 février 2019, le gouvernement ghanéen a expulsé de force plus de 723 Nigérians qui vivaient au Ghana, supposé être la nation sœur ouest-africaine du Nigeria.

D’autres incidents similaires se sont produits, tels que les attaques xénophobes visant non seulement les Nigérians, mais aussi d’autres migrants africains en Afrique du Sud, en 2010 et 2015 respectivement.

À bien y penser, si les migrants africains, qui avaient probablement émigré légalement sur leur continent, pouvaient subir de telles attaques aux mains d’autres Africains, combien d’attaques, de préjugés et de discrimination raciale pires encore peut-on imaginer que ces migrants illégaux ont subis sur d’autres continents où ils avaient espéré trouver une vie meilleure ?

La réponse est ci-dessous…

Cette photo, qui montre des bidonvilles à Paris où vivent des migrants africains clandestins, en dit long sur la déshumanisation des migrants africains sur les autres continents où ils ont migré illégalement. C’est en fait la pire situation qu’un humain puisse vivre, dans quelques pays prétendument développés que ce soit.

Les migrants qui connaissent cette situation n’ont clairement pas accès aux services essentiels, qu’il s’agisse des services de santé, de l’eau potable et de l’assainissement, d’un emploi digne de ce nom et même d’une éducation.

Quelle que puisse en être la raison, aucun être humain ne devrait vivre dans des conditions aussi méprisables. Il est avéré que certaines victimes de guerres et de conflits vivent dans de meilleures conditions dans certaines régions du monde caractérisées par l’instabilité et la guerre.

Habituellement, les migrants qui connaissent cette situation sont coincés entre le diable et les profondeurs bleues de la mer. La raison en est simple. En effet, un grand nombre de migrants vivant dans ces conditions ont envahi illégalement ledit pays sans passeport, visa ou autre forme d’identification. Par conséquent, ils restent pris au piège de ce dilemme pendant des années en luttant et en s’engageant dans des modes de survie illicites, soit en exerçant des emplois subalternes, en se prostituant et en vivant dans des conditions de survie dégradantes, pendant que la possibilité de regagner leur pays d’origine reste très réduite.

La réalité est que malgré les expériences inacceptables dont des migrants illégaux font part dans les informations chaque jour,  des milliers d’individus continuent à fuir leur pays d’origine en quête de la toison d’or ou d’une herbe plus verte, quel que soit le nom qu’ils donnent à leur quête.

Ne vous méprenez pas sur nos paroles, cela ne constitue ni un péché ni un crime de migrer de votre pays d’origine vers un pays de votre choix pour rechercher une vie meilleure ou vous développer sur le plan professionnel, à condition que cela soit fait légalement pour vous garantir de meilleurs moyens de subsistance. Cela fait même partie de nos droits humains fondamentaux. Cependant, l’absurdité ne sera que plus grande si un migrant se retrouve dans une situation aussi dégradante, même après être légalement entré dans le pays.

Maintenant, la question est de savoir comment convaincre des milliers d’autres migrants potentiels qui espèrent encore et rêvent de quitter leur pays pour un autre où on ne leur garantit pas une vie meilleure que dans leur pays d’origine.

L’autre question qui se pose est la suivante : que font les États africains pour lutter contre la migration illégale vers ces autres pays, pourquoi ne travaillent-ils pas à créer de meilleures opportunités afin de mobiliser les vastes ressources humaines nécessaires au développement du continent?

Ces questions appellent non seulement à une réflexion lucide, mais également à l’action, notamment parce que d’innombrables migrants clandestins d’Afrique sont victimes de la déshumanisation incommensurable et de l’esclavage du XXIe siècle dans d’autres pays hostiles, dans lesquels ils espéraient pourtant trouver une vie meilleure.

À ce stade, en apportant des réponses durables à ces questions, chacun a un rôle à jouer : les médias, les décideurs politiques et la société civile doivent déconstruire collectivement cette mentalité ou cette idéologie émanant de tout citoyen qui espère encore fuir illégalement vers un autre continent et devenir une nuisance au nom d’une quête pour une herbe plus verte.

Quel est le rôle des professionnels des médias (traditionnels et nouveaux médias) à cet égard ?

Les professionnels des médias ne sont pas seulement la sentinelle de la société, ils influencent également l’opinion. L’avènement des nouvelles technologies dans la diffusion de l’information a rendu la communication plus facile, et l’utilisation de plusieurs plateformes de médias sociaux pour favoriser les conversations sur la raison pour laquelle les jeunes Africains doivent renoncer à l’immigration clandestine contribuerait grandement à dissuader les milliers de jeunes Africains qui nourrissent encore de telles ambitions.

Les professionnels des médias et les réalisateurs de films pourraient tirer parti de l’utilisation de documentaires et de courts métrages pour capturer l’angoisse et la douleur de ces migrants clandestins qui se lancent dans une mission mortelle pour éclairer le public sur les dangers inhérents aux migrations illégales vers d’autres continents.

Le rôle des groupes de la société civile

La société civile a également un rôle majeur à jouer en collaborant avec les médias en matière de la sensibilisation et en plaidant en faveur de meilleures politiques, qui permettraient à  cette tranche démographique productive de l’Afrique de bénéficier de meilleures opportunités et de jouir d’un avenir meilleur.

Le rôle des décideurs

Les décideurs, qui sont les parlements, les assemblées législatives et les responsables politiques, jouent un rôle de premier plan dans l’institutionnalisation des cadres juridiques et dans l’amélioration des politiques publiques visant à lutter contre ce monstre aux multiples facettes qu’est la corruption, un fléau majeur dans la plupart des États africains, à la source de revers socioéconomiques majeurs.

 

 

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