#FIFA18 : des TIC accessibles et abordables, la lutte des générations en Afrique

#FIFA18 : des TIC accessibles et abordables, la lutte des générations en Afrique

Dans Les damnés de la terre, Frantz Fanon disait : « Chaque génération doit, dans une relative opacité, découvrir sa mission, la remplir ou échouer à la remplir. »

Pour l’Afrique et ses peuples, aux noms desquels Fanon a plaidé, cet appel à l’action est plus impressionnant qu’il ne le paraît, pour deux principales raisons bien précises. Premièrement, les grands problèmes socioéconomiques du continent peuvent difficilement être définis comme des problèmes générationnels : ils sont transmis d’une génération à l’autre. Deuxièmement, le leadership politique et sociétal qui permettrait aux jeunes générations de bâtir leur avenir ne se transmet pas aisément.

Pour ainsi dire, l’Afrique est le continent le plus jeune, mais dont les dirigeants sont les plus âgés. Cela crée des conflits d’intérêts entre les différentes générations, celles qui sont au pouvoir ne sont pas en mesure de s’identifier aisément aux aspirations des jeunes générations, et encore moins d’y répondre. Au bout du compte, la mission des jeunes Africains a consisté principalement à se battre pour être acceptés et se faire entendre. Un rôle qui leur permet d’influencer les politiques et de décider de leur avenir et de celui du continent africain.

J’y ai réfléchi en écoutant le discours inaugural de Charles Onyango-Obbo au Forum sur la liberté de l’Internet en Afrique 2018, co-organisé par la Collaboration sur la politique des TIC pour l’Afrique orientale et australe (CIPESA) et la Fondation des médias pour l’Afrique de l’Ouest (MFWA) à Accra au Ghana.

Le discours d’Onyango-Obbo était intitulé « De nombreux gouvernements africains détestent la liberté de l’Internet, et c’est une bonne chose ». Onyango-Obbo voit dans la lutte pour l’Internet libre le combat d’une génération. Il soutenait que le fait que de nombreux gouvernements africains craignaient le libre accès à Internet à un coût abordable ne signifiait pas que ces dirigeants ne comprenaient pas l’importance d’Internet. Au contraire, les dirigeants africains comprennent très bien l’Internet, et c’est pour cette raison que la plupart d’entre eux en ont peur.

Ils ont peur, non pas parce qu’Internet est une mauvaise chose, mais parce qu’Internet offre aux citoyens ordinaires des informations, des outils pour surveiller et contester les décisions de l’exécutif, ainsi qu’une plateforme de contestation des abus. Internet représente une menace pour la plupart des dirigeants africains actuels, dont le leadership et les politiques ne répondent pas aux aspirations de la majorité des Africains : les jeunes.

Tout a commencé par une blague lorsqu’un ami a publié une photo d’un gros titre de journal sur l’un des groupes WhatsApp dont je suis membre. Le titre indiquait que le président ougandais, Yoweri Museveni, avait manifesté son intention d’instaurer une taxe sur les réseaux sociaux afin de lutter contre les « rumeurs » sur les réseaux sociaux. Ce n’était pas une blague, l’Ouganda a instauré la taxe sur les médias sociaux et, puisque les pays africains se comparent toujours les uns aux autres, il existe maintenant une taxe sur les médias sociaux au Kenya, en Tanzanie, au Bénin et en Zambie. Il est raisonnable de parier que la liste ne fera que s’allonger.

C’est une nouvelle façon de contrôler l’Internet et de contenir le spectre de la liberté d’expression et des opinions raisonnables. Il s’agit là de la nouvelle ligne de front de la bataille de l’accès à l’information, qui a pris l’habitude de resurgir continuellement sous différentes formes. La taxe sur les médias sociaux est un moyen plus précis de contrôler l’accès aux médias que les coupures d’accès.
Le discours principal d’Onyango-Obbo s’axait fondamentalement sur le fait que cette tactique représentait une occasion pour les jeunes Africains de prendre la défense de la nécessité de garantir un Internet gratuit, ouvert, accessible et abordable. L’Afrique ne peut pas se permettre d’être plus à la traîne en matière d’accès aux technologies de l’information si le contenu qu’elle offre et sa jeunesse veulent obtenir une reconnaissance mondiale à l’ère où les grandes entreprises mondiales sont des sociétés de télécommunications. C’est une mission que les jeunes Africains doivent remplir ; une mission que les jeunes Africains ne peuvent se permettre d’échouer.

Il est très satisfaisant de noter qu’au fil des ans, la CIPESA, par le biais de divers parrains et collaborations, s’est donnée pour noble mission de veiller à ce que les décideurs politiques comprennent que les technologies de l’information ne sont pas un produit de luxe permettant d’accéder à des forums où s’échangent des rumeurs ; bien au contraire, des technologies de l’information ouvertes, accessibles et abordables jouent un rôle dans le développement socioéconomique de tout pays.

Par le biais du Forum sur la liberté d’Internet, la CIPESA a créé un espace qui permet aux Africains de se réunir et de débattre à au sujet de politiques qui affectent leurs pays respectifs et le continent. Le plus grand accomplissement du forum est le renforcement du lien de collaboration et l’incitation à la mise en réseau d’un groupe restreint mais dynamique d’Africains décidés à créer un espace des TIC en Afrique qui s’améliore et qui soit porteur.

La nature des études et des conceptions de politiques en Afrique exige une collaboration et des efforts collectifs, pour la bonne raison que les pays africains comparent toujours leurs politiques à celles des autres pays africains. Compte tenu de la diversité présente sur le continent africain et des difficultés que représentent la logistique et les coûts des déplacements, il n’est pas facile de rassembler physiquement un groupe d’Africains partageant le même état d’esprit dans un même lieu pour trouver et échanger des idées ainsi que faire part des expériences de chacun.

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Shawn Mubiru

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