COVID-19 en Afrique du Sud : humilité en matière de raisonnement scientifique

COVID-19 en Afrique du Sud : humilité en matière de raisonnement scientifique

Eusebius McKaiser (qui anime une émission sur 702, une station de radio sud-africaine) et moi-même étions censés participer à un débat public à l’institut WiSER (basé à l’Université Wits) sur le COVID-19 et ses implications sociales plus tard dans la semaine. La discussion a finalement été reportée – non pas en raison des risques sanitaires (bien qu’il s’agisse maintenant d’un motif de report tout à fait sensé) – mais parce que certaines personnes pensaient qu’une conversation philosophique n’était pas appropriée et que WiSER devrait inclure à tout panel lié à ce coronavirus des épidémiologistes, des virologues et autres spécialistes.

Nous nous sommes donc organisés pour discuter de certaines des questions pendant son émission ce matin (retrouvez le podcast ici), discussion suivie d’une conversation avec le professeur François Venter, spécialiste du VIH et de la santé publique (lien vers le podcast) sur la distanciation sociale et d’autres aspects plus scientifiques de la réponse de l’Afrique du Sud au COVID-19.

Ces deux segments sont, de mon point de vue objectif, précieux au regard du contenu qu’ils proposent, mais sont également utiles en ce qu’ils  démontrent qu’il est possible que différents aspects d’une crise de santé publique méritent d’être mentionnés, et que l’on peut parler de plusieurs aspects en même temps.

Nous n’avons eu qu’une demi-heure, je vais donc reprendre et développer certains des points soulevés dans le texte ci-dessous. Tout d’abord, décrire le COVID-19 comme exemple possible de panique morale ne signifie pas qu’il ne s’agit pas d’une menace réelle dont les gens ne devraient pas se préoccuper, ni que certaines personnes ne pourraient à juste titre paniquer, par exemple, celles qui vivent dans des endroits surpeuplés, disposent d’un accès limité à l’eau et à l’assainissement, et dont les communautés comptent un grand nombre de personnes immunodéprimées.

Ceux d’entre nous qui ont la chance d’appartenir à des groupes et de vivre dans des environnements à faible risque peuvent être inquiets, et devraient l’être d’ailleurs. Mais si nous commençons à traiter autrui comme un concurrent face aux rouleaux de papier toilette que nous voulons accumuler, ou comme un obstacle à l’accumulation dans nos chariots d’aliments qui s’avarieront probablement chez nous, alors que d’autres plus nécessiteux que nous auraient pu les acheter ou les recevoir à titre de dons, nous laissons la panique nous déshumaniser.

La menace existentielle perçue est la panique morale, qui nous amène à surévaluer le risque (surtout pour notre propre personne), et à oublier ainsi qu’il s’agit avant tout d’une question d’action collective, dans laquelle nos actions affectent tous les autres, et pour laquelle nous devons coopérer et non entrer en concurrence.

Vous n’appliquez pas les règles de distanciation sociale (uniquement) pour vous-même –la plupart d’entre nous le faisons car cela aide d’autres personnes, et en les aidant, vous vous aidez bien sûr aussi sur le long terme, puisque le virus sera, espérons-le, contrôlé bien plus tôt, et les ressources généralement dédiées aux conditions de santé habituelles redeviendront donc disponibles en plus grand nombre.

Pire encore, la panique morale peut être source de méfiance et de peur à l’égard de certaines personnes, comme en témoigne la xénophobie évidente à l’égard des restaurants et des communautés chinoises en Afrique du Sud, qui auraient été rapidement victimes de la désertion des clients, sans parler des stéréotypes ou des commentaires insensés, qui peuvent s’exprimer  dans les préjugés anti-pauvres, comme le fait observer McKaiser dans un article publié aujourd’hui.

J’ai avancé un argument quant à ce que les non-spécialistes pourraient faire eu égard à leur compréhension et leur traitement des informations scientifiques, avec une recommandation positive et une recommandation négative. La recommandation positive était, une fois de plus, que nous devions faire confiance au consensus des spécialistes plutôt qu’aux conseils qui apparaissaient dans les groupes WhatsApp.

Peu importe que les experts ne soient pas d’accord sur le taux de mortalité exact, ou qu’ils ne soient pas encore sûrs à 100 pour cent que vous ne pouvez pas être réinfecté (bien qu’ils  semblent en être assez sûrs). Peu importe, car ils conviennent que vous devez éviter les foules, vous laver les mains et éviter les déplacements sauf nécessité absolue.

Vous n’avez pas vraiment besoin d’aller à la gym pendant quelques semaines. Même si vos chances d’être exposé sont minimes, il ne rime à rien de prendre le risque. En revanche, il peut que vous soyez absolument obligés de vous rendre à une réunion, et dans ce cas, gardez vos distances, ne partagez pas de nourriture, ne serrez pas de mains, etc.

Ma recommandation négative était la suivante : ne rejoignez pas les rangs des épidémiologistes du dimanche, en ajoutant votre opinion aux estimations des taux de mortalité et autres. Vous ne savez absolument pas de quoi vous parlez, sans quoi vous seriez épidémiologiste. Ces derniers ne maîtrisent en outre pas encore complètement le sujet, car le nombre de personnes testées reste encore très faible (dans la plupart des régions, à l’exception notoire de la Corée du Sud).

Et j’oublie, ignorez les charlatans, qu’ils recommandent de prendre de l’homéopathie, ou vous proposent de prier ou de lire des versets du Psaume 91. Si cela vous réconforte de les lire, n’hésitez pas à le faire, mais ne le faites pas dans une foule, et n’allez pas croire que cela vous enlève l’obligation de vous laver les mains et de respecter les autres mesures de précaution.

Une autre recommandation négative serait de laisser tomber toute comparaison entre les taux de mortalité hypothétiques et le nombre de personnes qui meurent de la tuberculose, du paludisme, d’accidents de la route, attaqués par des chatons en colère ou autres. Cela non plus n’a pas d’importance. Les autres causes de décès sont connues et sont généralement déjà prises en compte dans l’affectation des ressources médicales.

Il s’agit d’une nouvelle menace qui requiert une attention particulière, car justement, l’une des difficultés auxquelles le système médical doit faire face est de minimiser la mortalité engendrée par le virus tout en continuant à contrôler les menaces préexistantes.

C’est vrai, ils ne trouveront probablement pas l’équilibre optimal en théorie, en partie parce qu’on ne peut le connaître qu’en rétrospective. Mais vous comme moi ne pouvons certainement pas faire mieux, et c’est une insulte à leurs compétences et à leur engagement de leur faire part de nos considérations non informées (en référence à un sketch hilarant, mais réaliste de  Mitchell and Webb ) alors qu’ils essaient de sauver autant de vies que possible.

Notre pays ne peut pas se permettre de suspendre l’impôt sur les sociétés, les remboursements des obligations et autres, ces solutions ne sont donc pas une option pour ceux qui sont déjà sans emploi ou le seront bientôt. Si vous réfléchissez au profil de ces personnes (outre le pourcentage énorme d’individus déjà sans emploi), il s’agira de ceux  qui vous cuisinent et vous servent vos repas, ou des chauffeurs Uber qui vous mènent du point A au point B, ou de cette personne qui se tient devant vous sur scène pour chanter ou vous raconter des blagues.

Le plus inquiétant, c’est peut-être lorsque des personnes que l’on ne croise généralement pas sur Twitter commencent à être affectées. Nous en avons déjà vu un cas dans un  township sud-africain (Mfuleni). Il ne s’agit pas là de se plaindre de quelqu’un qui vient de prendre le dernier pot de houmous sur le rayon juste devant votre nez, nous parlons de personnes qui, dans bien des cas, sont déjà en difficulté, et dont les luttes ne feront qu’empirer.

Si vous pouvez aider quelqu’un dans le besoin, financièrement ou via des dons de nourriture, de savon, etc., faites-le. Mais le message que je veux surtout faire passer, c’est que nous pouvons tous aider, et qu’il est vraiment facile de le faire. Le président sud-africain, l’Institut national des maladies transmissibles (NICD) et d’autres organes sanitaires consultatifs ont mis au point des stratégies proactives et visiblement sensées.

 Faites ce que dit le NICD . Et restez le plus loin possible les uns des autres – au moins pendant un certain temps – pour le bien de tous – y compris le vôtre.

P.S.  : Il existe maintenant une multitude d’articles sur les dimensions scientifiques de ce coronavirus, mais  l’article du Dr David Gorski sur la médecine scientifique est jusqu’à présent celui que j’ai trouvé le plus utile.

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Shawn

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