Côte d’Ivoire : l’avortement à risque, une réalité

Côte d’Ivoire : l’avortement à risque, une réalité

Ce 28 septembre, le monde a commémoré la journée internationale du droit à l’avortement sécurisé. En Afrique de l’Ouest, plus de 2 millions d’avortements à risque sont enregistrés chaque année et causent la mort de plus de 8700 femmes. En Côte d’Ivoire, environ 280 000 avortements sont pratiqués chaque année. La majeure partie se déroule de manière non sécurisée et représente 18% de la mortalité maternelle.

Le pays, bien que signataire du protocole de Maputo, peine à garantir l’avortement médicalisé, même dans les conditions prévues par la loi.  L’avortement clandestin gagne du terrain au péril de la santé et de la vie des femmes et jeunes filles.

Une pratique clandestine qui gagne du terrain

Le nouveau code pénal ivoirien stipule en son article 427 qu’il n’y a pas d’infraction lorsque l’interruption de la grossesse est nécessaire pour sauvegarder la vie de la mère gravement menacée ; et quand le médecin procure l’avortement à une victime de viol à la demande de celle-ci.

Cette restriction ne limite en rien la pratique de l’avortement. L’interruption volontaire de grossesse (IVG) est pratiquée clandestinement par des tradipraticiens et des médecins généralistes. Des personnes non qualifiées pour cet acte exposent ainsi les patientes à des complications graves, voire mortelles.

Des accidents tragiques et médiatisés

C’est le cas de Sara K., qui s’est fait avorter avec l’aide d’un étudiant en médecine pour la somme de 50.000 frs CFA. Après des jours de saignement et de douleurs au bas-ventre, elle a dû se rendre aux services d’urgence du CHU de Cocody pour recevoir des soins à cause des complications post avortement.

L’agent de santé Djarassouba, qui est intervenue sur de nombreux cas de complications post avortement, soutient que l’avortement est aujourd’hui un problème de santé publique en Côte d’Ivoire. Pour lui, l’interdiction ne peut en rien venir à bout de ce phénomène. Il confie avoir refoulé des jeunes filles désireuses de se faire avorter, puis les avoir revues quelques jours plus tard dans un état jugé critique.

Le 19 août 2020 l’histoire tragique de Clarissemorte des suites d’un avortement clandestin a ému la toile. « Ce que je peux vous dire avec certitude, c’est que Clarisse est tombée enceinte. Elle a eu peur de le dire à ses parents. Elle a pris des médicaments. Elle a saigné pendant plusieurs jours. Elle est arrivée dans mon service en état de choc, avec une hémorragie provenant de la cavité utérine. L’utérus était en dilatation complète. La révision utérine ramenait des restes placentaires », relatait la sage-femme, Gonto Michelle.

Le poids de la religion et de la culture

Les ONG et les Organisations de la société civile actives sur le terrain sont parvenues à remettre au jour le sujet très tabou de l’avortement. Avec l’aide des influenceurs et blogueurs, des campagnes de sensibilisation sont menées depuis bientôt un an pour amplifier la voix des femmes ivoiriennes pour un accès de qualité aux services de la Santé sexuelle et reproductive (SSR).

La plupart de ces organisations plaident pour que les autorités ivoiriennes prennent en compte toutes les directives du protocole de Maputo. Ce protocole qui engage, en son article 14, paragraphe 2.c, les États signataires à « protéger les droits reproductifs des femmes, particulièrement en autorisant l’avortement médicalisé en cas d’agression sexuelle, de viol, d’inceste et lorsque la grossesse met en danger la santé mentale et physique de la mère ou la vie de la mère ou du fœtus. »

« Le caractère répressif de notre législation en matière d’avortement n’empêche pas, pour le moment, les femmes d’y avoir recours. »

Sous le poids des religieux, les autorités ivoiriennes hésitent à prendre en compte toutes les directives du protocole de Maputo et à doter la Côte d’Ivoire de loi sur la santé de la reproduction. Le caractère répressif de notre législation en matière d’avortement n’empêche pas, pour le moment, les femmes d’y avoir recours.

En attendant que la politique et la religion parviennent à accorder leurs violons, le fléau de l’avortement clandestin perdure et fait des ravages.

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