Comment les leçons du passé ont contribué à sauver des vies lors de l’attaque terroriste de Nairobi mardi.

Comment les leçons du passé ont contribué à sauver des vies lors de l’attaque terroriste de Nairobi mardi.

Le mardi 15 janvier 2019, à 15h30, cinq hommes armés sont entrés en trombe dans le Complexe Dusit situé au 14 Riverside Drive dans le quartier Westlands de Nairobi, la capitale du Kenya.

Ils ont tiré sur toute personne en vue. Quand, treize heures plus tard, les coups de feu ont cessé et que tous les attaquants avaient été neutralisés, 20 civils et un policier avaient perdu la vie, et un nombre inconnu d’individus soignaient encore leurs blessures dans divers hôpitaux de Nairobi, plusieurs autres ayant été traités et autorisés à rentrer chez eux. Plus de 700 personnes ont été secourus du complexe qui héberge un hôtel, une banque et des bureaux.

Ce n’était cependant  pas la première fois que le Kenya essuyait les attaques du groupe militant al-Shabab (qui a revendiqué l’attaque). En septembre 2013, 67 personnes avaient été tuées lors d’une attaque qui avait duré plus de trois jours dans le centre commercial de Westgate également situé dans le quartier Westlands de Nairobi. En avril 2015, le groupe avait organisé une autre attaque à l’université Garissa dans la région orientale du Kenya, faisant 148 victimes parmi les étudiants.

Dans les deux attaques, les agences de sécurité ont été critiquées, notamment pour la lenteur de la réaction et l’absence de coordination entre les agences d’intervention, entraînant un nombre élevé de décès et de blessés.

Cela n’a cependant pas été le cas mardi lors de l’attaque du complexe Dusit. Huit minutes seulement après que les tireurs soient entrés dans les locaux, des policiers de la brigade volante arrivaient sur les lieux, confrontaient les tireurs et secouraient des civils hors du bâtiment. Deux minutes plus tard, les services d’urgence, tels que des ambulances de différentes organisations et des camions de pompiers, arrivaient.

A 16h00, le directeur national de la Direction des enquêtes criminelles arrivait sur la scène et commençait à coordonner les activités de la police. Dix minutes après, les membres d’élite de la Recce Company issus de la General Service Unit (GSU, Groupe des services généraux) de la police kenyane qui sont spécifiquement entraînés pour les combats à huit clos et les Forces spéciales de défense du Kenya (KDF) arrivaient sur les lieux. A ce moment-là, toutes les agences de sécurité participant à l’opération étaient sous le commandement unique du Commandant du GSU.

Contrairement à l’attaque de Westgate six ans auparavant au cours de laquelle la confusion aurait été due aux équipes d’intervention issues de plusieurs agences, tout semblait se dérouler sans heurt alors que les agents de l’Etat et les bénévoles fouillaient les étages et les immeubles du complexe, sauvant chaque heure des dizaines de civils.

Le degré de coordination se constatait même dans les mises à jour régulières sur la situation sur le terrain communiquées par le patron de la police nationale et le ministre chargé de la Sécurité.

Les hôpitaux dans tout Nairobi accueillant des victimes se tenaient prêts à tout moment à prendre en charge le plus rapidement possible les victimes, les citoyens  répondaient en grand nombre aux appels à donner leur sang. A 21h00 environ, quelques-uns des hôpitaux appelaient les Kenyans à cesser les dons de sang jusqu’au lendemain.

Il ne s’agissait absolument pas d’un hasard ; il semblerait que des leçons cruciales aient été tirées des attaques précédentes. Le Président Kenyatta, lors de son discours à la nation, l’a reconnu.

Je souhaite louer l’intervention rapide et efficace de nos équipes de combats d’élite pour avoir neutralisé tous les terroristes impliqués dans les attaques. Nous avons géré la menace avec fermeté et montré à nos ennemis et au monde que nous sommes prêts à gérer toute menace pesant sur notre nation.

– Le Président Uhuru Kenyatta.

Le Président n’a cependant pas été le seul à louer les équipes d’interventions, le leader de l’opposition, Raila Odinga, a également félicité les équipes pour leur action rapide qui a permis de sauver des centaines de vies.

Nous louons nos forces de sécurité pour l’intervention ferme, rapide et coordonnée face à cet acte diabolique, intervention qui a permis de sauver des vies et de rassurer le pays. Nous félicitons nos citoyens qui s’entraident et répondent aux appels à donner leur sang et nous apprécions le professionnalisme des personnels soignants et des secouristes.

-Raila Odinga, leader de l’opposition.

Il ne s’agissait pas seulement d’un discours du gouvernement, les citoyens kenyans ont loué l’intervention dès que l’attaque a commencé, même s’ils retenaient leur souffle et espéraient une conclusion rapide du siège.

Même si nous louons les agences pour leur intervention rapide, 21 vies ont été perdues, une seule vie perdue à cause de la terreur est une vie perdue de trop. Il est également temps de poser les questions difficiles. Les principaux auteurs de l’attaque vivaient à la périphérie de la ville depuis plus de sept mois et ont visité le complexe qu’ils ont fini par attaquer au moins quatre fois selon ceux qui travaillaient dans l’établissement, comment cela a-t-il été possible ? A quel niveau se trouvait la défaillance ?

Un journal local a rapporté en octobre des renseignements selon lesquels six membres de al-Shabab complotaient une attaque à Nairobi au cours de la saison des fêtes ; comment se fait-il que cette information n’ait pas été prise au sérieux, quelqu’un n’a-t-il pas fait son travail et allons-nous voir des têtes tomber ?

Nous pouvons affirmer sans l’ombre d’un doute que l’intervention contre l’attaque était cette fois-ci bien meilleure que la fois précédente. Il reste cependant beaucoup à faire, en particulier en ce qui concerne notre vigilance. Mais ensemble, nous restons invaincus.

 

Daniel Okoth
Daniel Okoth
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gathara

Oh no!!! So sad to hear of his passing. Such a loss for Kenya and the world. #RIPBinyavanga