Bâtir l’Afrique que l’on souhaite

Bâtir l’Afrique que l’on souhaite

L’Assemblée des chefs d’État et de gouvernement de l’Union africaine a débuté le 9 février 2020.  Cette réunion était la dernière d’une série d’activités qui se sont déroulées durant le Sommet de l’Union Africaine 2020 qui a débuté le 21 janvier.  Trois grands événements viennent ponctuer le Sommet.

La première réunion statutaire est celle du Comité des représentants permanents (COREP) suivie du Conseil exécutif (CE), qui est une réunion de tous les ministres des Affaires étrangères des pays africains. L’Assemblée des chefs d’État et de gouvernement est le dernier. Au cours de la semaine, de nombreux événements et réunions parallèles sont organisés par les ministères, les organes de l’UA ou ses partenaires.

Les résultats et les délibérations du COREP forment l’ordre du jour du CE qui, à son tour, établit l’ordre du jour de la réunion des chefs d’État et de gouvernement. Pour la première fois, l’année 2020 voit la mise en œuvre de certaines des réformes, comme l’a suggéré le président rwandais, M. Paul Kagame. L’une des réformes vise à n’avoir qu’une seule réunion des chefs d’État par an et non deux comme par le passé. La supposée deuxième réunion a été rebaptisée « réunion de planification », et devrait se tenir entre la CUA, les communautés économiques régionales et tous les organes de l’UA. Une autre proposition de réforme est la fusion de la CUA et du NEPAD, ce dernier devenant dès lors l’Agence de développement de l’Union africaine.

Si toutes les réformes (et elles sont nombreuses) sont mises en œuvre, elles conduiront à une Union africaine plus durable et financièrement indépendante, qui ne dépendra pas de l’aide/du soutien des partenaires.

Tous les ans, un thème est convenu et adopté l’année qui précède. Le thème de cette année est « Faire taire les armes : créer des conditions propices au développement de l’Afrique ». Il s’agit d’une conversation très importante car, de mon point de vue, nous sommes tous concernés. En tant qu’Africains, nous avons tous, d’une manière ou d’une autre, été affectés par des conflits.

Les visages des conflits en Afrique ont changé et continuent de changer. Le terrorisme, la violence liée aux élections sont les « nouveaux venus » d’un conflit qui a frappé le continent il y a une décennie.

Les niveaux de conflit auxquels sont confrontées les régions de la Somalie, du Mozambique, la région du Sahel, du Soudan du Sud et du Soudan évoluent. Et en conséquence, ces régions ont été mentionnées par les nombreux dirigeants qui ont pris le micro pour s’exprimer sur la signification de ce thème pour le continent.

Faire taire les armes est un projet qui a été lancé en 2016 comme l’un des projets phares de l’Agenda 2063. Ses consultations ont toutefois débuté en 2014. Le projet était initialement régi par un document intitulé Feuille de route de Lusaka 2016. Le projet Faire taire les armes figure également dans la 4e aspiration de l’Agenda 2063, qui est le cadre stratégique de l’Union africaine pour la transformation socio-économique du continent pour les cinq prochaines décennies.

L’Agenda 2063 met l’accent sur la nécessité d’une prévention des conflits centrée sur le dialogue, ainsi que sur la gestion et la résolution des conflits en cours, en vue de faire taire les armes sur notre continent d’ici 2020.

Une partie du travail accompli cette année consiste à faire le point sur ce que sont devenus les conflits en Afrique. Pouvons-nous complètement faire taire les armes ? Des questions auxquelles je ne suis pas certain que nous trouvions des réponses.

L’un des problèmes majeurs, et pourtant rarement invoqué dans la conversation sur ce thème, est celui du commerce des armes. Quatre-vingts pour cent des armes légères en Afrique sont aux mains de civils selon le Small Arms Survey (SAS).

Les civils, et notamment les groupes rebelles et les milices, détiennent plus de 40 millions d’armes légères et de petit calibre, tandis que les entités liées au gouvernement en détiennent moins de 11 millions, selon l’étude 2019 de SAS et de l’Union africaine, L’Atlas des armes : Une cartographie des flux illicites d’armes légères en Afrique.

Ce qui nous amène à poser la question suivante : D’où viennent les armes et qui les vend à ces Africains ? Selon une étude réalisée par le Stockholm International Peace Research Institute (SIPRI), en 2018, les dépenses de l’Afrique s’élevaient à environ 40,2 milliards de dollars. L’Afrique du Nord est la région qui a enregistré les dépenses les plus élevées, avec 22,2 milliards de dollars, suivie de l’Afrique subsaharienne, avec 18,8 milliards de dollars consacrés aux armes. Nous dépensons plus pour l’armée et la défense que pour les vaccins et l’éducation. Tant de questions. Les pays qui « surveillent » notre démocratie sont ceux-là mêmes qui nous vendent les armes, et en grand nombre.

Faire taire les armes en Afrique signifie paix, développement et prospérité (des clichés, je sais). Cela signifie qu’en tant que peuple, nous prospérons. Que nous avons suffisamment mûri pour penser à l’avenir et aux individus que nous représentons, et moins à nous-mêmes. Cela signifie que nous pensons à l’avenir, et que nous léguerons à nos enfants un monde dans lequel le champ des possibles leur est ouvert. Car les conflits et les guerres tiennent le haut de la liste de toutes les difficultés auxquelles l’Afrique est confrontée.

Pouvons-nous y parvenir ? Oui. Mais uniquement si nous le voulons, car il s’agit d’un effort collectif.

Comme l’a affirmé M. Rampahosa lors de son allocution à l’Assemblée en sa capacité de président pour l’année 2020 : nous devons travailler de concert.

Bâtissons l’Afrique que nous souhaitons.
Réduisons les armes au silence.

Forgeons nos épées pour en faire des socs et nos lances pour en faire des faucilles.

Ce sont les actions que nous entreprenons à partir de ce jour qui détermineront le destin de notre continent. ~ Pixley ka Isaka Seme

Le chemin pour atteindre l’Afrique que nous souhaitons, je le vois comme un marathon. La course est déjà entamée, mais nous avons encore un long chemin à parcourir. L’Afrique doit déterminer ce qui fonctionne le mieux pour elle, et ce qui ne fonctionne pas. Et comme tous sur cette planète, aspirez à ce qui la fait briller et prospérer, à ce qui fait son bonheur.

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