Autopsie du tourisme en Centrafrique

Autopsie du tourisme en Centrafrique

La République Centrafricaine  (RCA) , en dépit de la crise socio-politique et militaire  qui la secoue, est une destination touristique de rêve, en quête de visibilité.

Entre savane et forêt tropicale, se cachent mille merveilles en attente de pouvoir être admirées. La promotion du secteur touristique en RCA est une condition primordiale non seulement pour l’économie du pays, mais aussi pour montrer sa meilleure image à l’extérieur.

C’est possible! Mais comment? Il faut braver les préjugés…

Que faut-il faire? Je vais essayer de vous montrer certains éléments qui suscitent une vive admiration de ce beau pays sur le plan touristique. A mon humble avis, l’important n’est pas seulement de les présenter, mais d’étayer les différents maux qui gangrènent ce secteur afin d’en proposer des solutions en tant que citoyen.

Quelques sites touristiques de la République Centrafricaine 

Situées à 95 kilomètres de Bangui la capitale, les chutes de Boali constituent un atout touristique majeur. Elles sont également la principale source d’énergie du pays (énergie hydraulique).

L’attraction touristique la plus célèbre de la RCA reste sans doute sa faune, considérée comme l’une des plus riche, des plus diversifiée et des plus représentative d’Afrique.

À 800 km de Bangui, le Parc national Manovo-Gounda Saint Floris, inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco, est l’une des réserves les plus riches d’Afrique.

De par ses superbes et vastes savanes qui abritent diverses espèces de mammifère, ce parc trouve son importance dans la richesse de sa flore et de sa faune. On y rencontre des espèces de tout genre : à côté des guépards et des léopards en passant par les éléphants, Bongo, gazelles à front roux, buffles et les rhinocéros noirs, il y a différents types d’oiseaux aquatiques qui vivent dans les plaines d’inondation du Nord de la RCA principalement dans la préfecture de Bamingui-Bangoran.

Les espèces de primates et d’oiseaux y sont nombreuses et la mare de Gata, dans le secteur nord-est accueille la plus grande concentration d’hippopotames au monde.

Qu’en est-il des problèmes? 

Lors d’un échange avec le représentant d’une société internationale de tourisme basée en RCA, j’ai cherché à comprendre en profondeur les entraves liées au bon fonctionnement du tourisme sur place. Voici sa réponse en intégralité.

D’après monsieur Cyrille D. Nabézagui : « Les sociétés touristiques investissent depuis toujours à travers les achats de véhicules, la construction des camps de luxe en dur pour la clientèle et le personnel, l’achat de générateurs, entre autres,  dans le but de développer ce secteur en RCA.

A travers les amodiations, les taxes d’abattages et les emplois fournis aux populations locales, la présence de ces sociétés sur le terrain a un impact très significatif sur l’économie du pays. Mais courant Décembre 2012, les installations de nos camps ont été vandalisées et pillées voire détruites suite aux récents événements survenus dans le pays. Le secteur du tourisme se trouve donc dans une situation particulièrement délicate.

Je désire aussi profiter de cette occasion pour vous faire part des problèmes récurrents qui entravent de plus en plus notre activité, et qui nécessitent une attention particulière de la part de l’Etat centre africain.

  • Le premier point n’est pas nouveau, puisque voilà près de 30 ans que les braconniers soudanais ont commencé à envahir le pays. Au fil des années ils ont progressé et sont actifs dans le Nord-Est de la RCA. Lourdement armés, ils ont contribué à la diminution du nombre d’éléphants, léopards, lions, buffles et autres sur près de la moitié du territoire centrafricain. En terrorisant les populations et en entravant le développement économique du pays, ces bandes armées colonisent petit à petit le pays à cause de l’insécurité.
  • Le deuxième point n’est pas nouveau non plus, mais prend des proportions très préoccupantes. Ajoute toujours M. Cyrille. Les éleveurs peuls s’installent sur les zones de chasse amodiées faisant fi de toutes les lois en vigueur relatives aux couloirs de transhumances. Ces éleveurs ont troqué leurs arcs traditionnels pour des armes automatiques (Kalachnikov, RPG pistolet, etc.). De plus, ils sont forts et agressifs en ce moment, ce qui engendre un climat d’insécurité croissant dans les parcs. Nos rangers font de leur mieux pour sécuriser nos zones, mais cela reste insignifiant.
  • Le troisième point concernent le braconnage local. Cela prend de l’ampleur de façon inadmissible et dévastatrice. Le braconnage local devient une activité économique à part entière, ceci au détriment des acteurs économiques impliqués dans le tourisme cynégétique mais surtout au détriment de la population locale qui tire son épingle du jeu. Cette dernière, est à la solde des bandits armés, venant piller nos zones en instaurant un braconnage devenu pratiquement industriel. Ces bandits armés ont l’habitude, par exemple, d’abattre les éléphants juste pour s’approprier des Ivoires.

Dans de pareilles conditions, vous comprenez aisément que la saison cynégétique ne pourra pas se dérouler convenablement comme avant. Tout cela a conduit à la mise en chômage pure et simple du personnel de ce secteur voire la fermeture de certaines sociétés parce que les touristes ont peur de venir en RCA.

Pour l’instant, quelques-unes des sociétés du tourisme ont refait surface et d’autres sont prêtes à reprendre leurs activités, mais vu les pertes subies, nous ne pourrons le faire qu’avec l’aide des autorités. Nous souhaitons vivement l’instauration de la sécurité sur toute l’étendue du territoire afin de garantir la quiétude de nos clients (touristes). » Conclut Monsieur C. Nabézagui.

La restauration de l’autorité de l’Etat via le déploiement progressif des forces armées centrafricaines (FACA) et des agents de l’Etat, va permettre au gouvernement de démanteler les réseaux de trafiquants afin de faciliter la relance du tourisme, l’un des piliers de l’économie centrafricaine. À cela doit s’ajouter une bonne communication visant à redonner le blason à ce secteur.

La majorité des informations qui circulent sur le web et les réseaux sociaux ne montrent que le côté sombre de la République Centrafricaine. Dans tous les médias internationaux, la crise est mise en valeur au détriment des merveilles du pays. Cela est l’une des raisons qui font que le pays ne tente pas beaucoup de visiteurs pour le moment.

Nul n’est à l’abri d’une crise. De nombreux pays, malgré les menaces terroristes et les grèves à répétition, restent une attraction touristique à cause de leurs meilleures stratégies de communication. Ce qui manque éperdument à la RCA pour le moment.

Ne vous fiez pas aux intox, bravez la peur en allant visiter les merveilles de la RCA. J’en suis sûr, vous aurez envie d’y retourner :).

A bientôt pour découvrir d’autres merveilles de la RCA et d’Afrique!

Odilon Doundembi 

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