BERLINOIRS

BERLINOIRS

Par Rita Dro

En raccrochant le coup de fil reçu de son pays natal, le peu d’éclat sur le visage d’Adams s’éteint. Le jeune dealer doit répondre de toute urgence à une sollicitation financière de sa cadette restée au Mali. Son regard perdu jette ce vendredi 12 avril, un air taciturne sur Görlitzer Park, sa zone de prédilection et l’un des gros bastions des revendeurs de drogue tenus par des Africains sans papiers de Berlin. En 2015, la densité de revendeurs de la substance nocive avait atteint les 1500 dealers au kilomètre carré selon la police. À l’heure actuelle, l’Allemagne enregistre exactement 1,3 million de demandeurs d’asile dont moins de la moitié reconnus réfugiés bénéficient de la protection subsidiaire parce que la guerre fait rage dans leur pays d’origine selon Bundestag. Comme Adams, ils sont 190 000 à errer dans le pays de la chancelière Merkel sans aucun statut de protection, frappés soit par une interdiction de séjour, soit une tolérance non officielle.

Le quotidien berlinois d’Adam’s, africain sans papier

Posté sur la partie Est de « Görli », Adams guette depuis plusieurs minutes maintenant, les mains dans les poches, l’arrivée de potentiels clients. On aurait dit une sentinelle rodant sur cet espace vert endormi de 14 hectares.

L’hiver n’a pas encore raccroché. Les passants, randonneurs et touristes arrivent au compte-gouttes. Ses confrères dealers, tous de nationalité différentes, sac au dos, mine malmenée par le vent glacial, sont une bonne dizaine, répartis d’une entrée du parc à l’ autre. Rauchen ? Vous fumez ? La question allemande est posée avec tact à quelques hésitants. « Pour ce boulot répréhensible, le revendeur doit être très attentif pour déceler de nouveaux consommateurs et rapide pour détaler en cas de visite de la police » avoue Adams, en se frottant vigoureusement les mains comme pour chasser le froid. En réalité, la police intervient rarement dans ce parc, sauf en cas de drame ou obstruction des voies, donnant libre cours aux trafiquants d’exercer dans une sorte d’accord tacite meublée de silence et règlement : pas de harcèlement, pas de violence.

Pour ses abonnés, Adams dit connaître leurs habitudes de consommation. L’argent est payé en avance, glissé dans ses poches et la marchandise enfouie dans un buisson en face de son quartier général est récupérée puis livrée dans un geste furtif. Ni vu, ni connu ! « Il ne faut surtout pas se faire prendre avec de la drogue entre les mains. La police peut débarquer à tout moment et c’est la prison directe» murmure notre quidam filiforme, l’air menaçant. La rumeur de cette menace plane sur les « travailleurs »de Görli sans réel incident.

Depuis avril 2015 Berlin est hérissée de « drogenfreien Raum », zones sans drogues. La tolérance qui allait pour la possession de moins de 15 grammes de cannabis est abolie depuis dans certaines zones comme les abords des écoles, des crèches, des terrains de jeux pour enfants et à Gorlitzer Park. L’amende tombe, lourde dès le premier gramme. Pourtant Adams et compagnie y exercent encore aujourd’hui sans réellement être inquiétés. Pour lui, la prison est chose inenvisageable. Surtout pas après tous ces sacrifices endurés et le périple entrepris depuis son pays d’origine, le Mali.

Adams, immigré au parcours complet

C’est en 2012 que le jeune cultivateur du nord du Mali décide de vendre sa parcelle de terre reçue en héritage pour rejoindre l’autre côté de la méditerranée. Les terres arides occupées de plus en plus par le terrorisme avaient consumé en lui tout espoir. Ses noces à peine consommées que le jeune marié de 30 ans met les voiles sur le Maroc ensuite sur la Libye pour survivre en Italie accumulant sur 2 années des boulots de bagnard. La nuit de la traversée est effroyable.  Sa mémoire buggue, pour parler comme les informaticiens. L’homme refuse de s’en souvenir. Il fait silence. Comme pour répudier ce moment, Adams ferme brusquement les yeux et le soupir qu’il laisse échapper en dit long sur le cauchemar vécu. En Sicile en 2015, son rêve se réalise… enfin presque. Après des mois dans plusieurs centres d’accueil, il obtient le statut de réfugié mais pas le travail à sa convenance.

2015-2016, l’Allemagne atteint son pic de demandeurs d’asile. Selon le BAMF (Bundesamt für Migration und Flüchtlinge), l’office fédéral allemand des migrations, Berlin enregistre 2000 demandes chaque jour. Adams vient tenter sa chance dans cette capitale à la population vieillissante. Seul hic l’immigré italien ne peut se rendre au bureau allemand des réfugiés  pour demander l’asile une seconde fois. L’Italie lui en a déjà offert. Une fois identifié et arrêté Adams encourt l’expulsion vers son premier pays d’accueil.

Ici, le jeune, se nourrit, échange, revend, rit rarement, ne connait pas de moment de répit. Il vit selon les règlements du parc en harmonie avec ses collègues jonglant entre les boulots rémunérés à « 7 euros » les jours impairs et le deal de la drogue les jours pairs. C’est sa petite activité génératrice de revenus qui lui permet de faire face aux sollicitations comme celle reçue ce matin. « La drogue, ça rapporte souvent 200 euros les jours de recette et 100 euros les mauvais jours, parfois c’est pire, comme aujourd’hui on n’a rien, c’est en ce moment que je me rabats sur les boulots au noir » confie le Malien réfugié derrière un verre de café chaud.

La législation allemande est en effet dure avec les entreprises qui emploient des sans-papiers : fermeture de l’établissement suivi d’emprisonnement du responsable du local et des centaines de milliers d’euros d’amende. Face à la rareté du travail…au noir, la drogue et la prostitution restent des moyens sûrs pour se faire rapidement de l’argent selon Adams.

Éloïse Diomandé et famille, immigrés intégrés

Plus au nord de Berlin, dans la chic banlieue de Fraunau, Eloïse Diomandé, une Ivoirienne reçoit chez elle à domicile des coups de fil de son bureau. Eloïse est employée dans une agence de voyage. Elle réserve à ses clients des places, décommande des réservations de vol, et reçoit aussi les « prompt rétablissement » de ses collègues. Eloïse fait une allergie au pollen en ce début difficile de printemps et la réglementation de son entreprise lui donne l’autorisation de travailler depuis son appartement de 4 pièces sombrement décoré. Après ses heures de travail, cap sur le domicile d’une amie de l’Eglise qui vient d’être maman. Avec ses sœurs de la communauté de religion, elles se rencontrent une fois par mois pour échanger sur leur quotidien dans la capitale allemande généralement autour d’un brunch constitué d’Alloco , de sauce arachide ou gombo, des mets ivoiriens, congolais, togolais c’est selon, histoire de faire renaître cette sensation du pays. « Il est encore dur pour moi de voir des hommes  s’habiller en femme. Le choc culturel est encore un peu difficile. hormis ce détail, nous nous sommes parfaitement intégrés, mes enfants, mon époux et moi » Si Eloïse a droit à toutes ces conditions et commodités, c’est en partie grâce à son passeport allemand. « Mon immigration a été planifiée » confie l’épouse Diomandé.

Eloïse est l’épouse de M. Diomandé, Allemand, Ivoirien d’origine. Elle bénéficie grâce à son mariage, de la nationalité allemande après 3 ans d’observation de mariage, des cours de mise à niveau en allemand afin de mieux exercer sa profession et de faciliter son insertion.

Son époux sans papiers à ses débuts en Allemagne en 1993 a connu le parcours d’Adams : demande d’asile, affectation dans des centres d’accueils pour réfugiés, boulot au noir puis coup de bol : un mariage et enfant allemand qui mettent fin à son calvaire de résident irrégulier. Comme M. Diomandé, ils sont 132 Ivoiriens à l’avoir reçu contre 817 refus selon le BAMF. L’asile est accordée aux personnes persécutée personnellement dans leur pays pour raison politique et non économique ajoute l’office.

En 5 ans pour  Eloïse et ses enfants, 26 ans pour son époux, la famille dit n’avoir jamais été contrôlé. Les Diomandé se soignent convenablement, ont une voiture, des économies et planifient même avec sa famille des vacances sur Abidjan en 2020.

Un projet similaire, Adams ne peut y songer. Le malien, ne compte pas retourner au pays de si tôt. Même pas au lendemain de l’adoption de la loi sur le « retour ordonné » des réfugiés le 17 avril dernier qui vise à faciliter l’expulsion des migrants sans titre de séjour vers leur pays d’origine. Depuis 2013, environ 280 000 personnes ont quitté l’Allemagne, soit parce qu’elles ont été expulsées ou transférées vers l’État Dublin responsable, soit parce qu’elles ont accepté un départ subventionné. l’épouse d’Adams  et sa famille restées au pays ont droit à des coups de fil journaliers et de l’argent les fins de mois. Son ultime but dans ce pays reste l’obtention d’un travail décent et bien rémunéré. Un objectif atteignable qu’après régularisation de sa situation comme celle de M Diomandé. Deux possibilités de régulation de sa situation aux probabilités réduites aujourd’hui. « Les allemandes ont découvert le pot aux roses des immigrés africains et développent une attitude très méfiante envers nous les sans papiers ». confie-t-il, focalisé à présent sur son acquisition du jour, une paire de baskets neuve troquée contre un sachet de cannabis qui fait naître un bref sourire sur son visage. Adams retourne incertain de faire face à la sollicitation du jour de sa sœur mais fidèle à son poste.  Sous cette neige de fin d’hiver-début de printemps, toujours à Görlitzer park.

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C’est en 2012 que le jeune cultivateur du nord du Mali décide de vendre sa parcelle de terre reçue en héritage pour rejoindre l’autre côté de la méditerranée. Les terres arides occupées de plus en plus par le terrorisme avaient consumé en lui tout espoir. Ses noces à peine consommées que le jeune marié de 30 ans met les voiles sur le Maroc ensuite sur la Libye pour survivre en Italie accumulant sur 2 années des boulots de bagnard. La nuit de la traversée est effroyable.  Sa mémoire buggue, pour parler comme les informaticiens. L’homme refuse de s’en souvenir. Il fait silence. Comme pour répudier ce moment, Adams ferme brusquement les yeux et le soupir qu’il laisse échapper en dit long sur le cauchemar vécu. En Sicile en 2015, son rêve se réalise… enfin presque. Après des mois dans plusieurs centres d’accueil, il obtient le statut de réfugié mais pas le travail à sa convenance.

2015-2016, l’Allemagne atteint son pic de demandeurs d’asile. Selon le BAMF (Bundesamt für Migration und Flüchtlinge), l’office fédéral allemand des migrations, Berlin enregistre 2000 demandes chaque jour. Adams vient tenter sa chance dans cette capitale à la population vieillissante. Seul hic l’immigré italien ne peut se rendre au bureau allemand des réfugiés  pour demander l’asile une seconde fois. L’Italie lui en a déjà offert. Une fois identifié et arrêté Adams encourt l’expulsion vers son premier pays d’accueil.

Ici, le jeune, se nourrit, échange, revend, rit rarement, ne connait pas de moment de répit. Il vit selon les règlements du parc en harmonie avec ses collègues jonglant entre les boulots rémunérés à « 7 euros » les jours impairs et le deal de la drogue les jours pairs. C’est sa petite activité génératrice de revenus qui lui permet de faire face aux sollicitations comme celle reçue ce matin. « La drogue, ça rapporte souvent 200 euros les jours de recette et 100 euros les mauvais jours, parfois c’est pire, comme aujourd’hui on n’a rien, c’est en ce moment que je me rabats sur les boulots au noir » confie le Malien réfugié derrière un verre de café chaud.

La législation allemande est en effet dure avec les entreprises qui emploient des sans-papiers : fermeture de l’établissement suivi d’emprisonnement du responsable du local et des centaines de milliers d’euros d’amende. Face à la rareté du travail…au noir, la drogue et la prostitution restent des moyens sûrs pour se faire rapidement de l’argent selon Adams.

Éloïse Diomandé et famille, immigrés intégrés

Plus au nord de Berlin, dans la chic banlieue de Fraunau, Eloïse Diomandé, une Ivoirienne reçoit chez elle à domicile des coups de fil de son bureau. Eloïse est employée dans une agence de voyage. Elle réserve à ses clients des places, décommande des réservations de vol, et reçoit aussi les « prompt rétablissement » de ses collègues. Eloïse fait une allergie au pollen en ce début difficile de printemps et la réglementation de son entreprise lui donne l’autorisation de travailler depuis son appartement de 4 pièces sombrement décoré. Après ses heures de travail, cap sur le domicile d’une amie de l’Eglise qui vient d’être maman. Avec ses sœurs de la communauté de religion, elles se rencontrent une fois par mois pour échanger sur leur quotidien dans la capitale allemande généralement autour d’un brunch constitué d’Alloco , de sauce arachide ou gombo, des mets ivoiriens, congolais, togolais c’est selon, histoire de faire renaître cette sensation du pays. « Il est encore dur pour moi de voir des hommes  s’habiller en femme. Le choc culturel est encore un peu difficile. hormis ce détail, nous nous sommes parfaitement intégrés, mes enfants, mon époux et moi » Si Eloïse a droit à toutes ces conditions et commodités, c’est en partie grâce à son passeport allemand. « Mon immigration a été planifiée » confie l’épouse Diomandé.

Eloïse est l’épouse de M. Diomandé, Allemand, Ivoirien d’origine. Elle bénéficie grâce à son mariage, de la nationalité allemande après 3 ans d’observation de mariage, des cours de mise à niveau en allemand afin de mieux exercer sa profession et de faciliter son insertion.

Son époux sans papiers à ses débuts en Allemagne en 1993 a connu le parcours d’Adams : demande d’asile, affectation dans des centres d’accueils pour réfugiés, boulot au noir puis coup de bol : un mariage et enfant allemand qui mettent fin à son calvaire de résident irrégulier. Comme M. Diomandé, ils sont 132 Ivoiriens à l’avoir reçu contre 817 refus selon le BAMF. L’asile est accordée aux personnes persécutée personnellement dans leur pays pour raison politique et non économique ajoute l’office.

En 5 ans pour  Eloïse et ses enfants, 26 ans pour son époux, la famille dit n’avoir jamais été contrôlé. Les Diomandé se soignent convenablement, ont une voiture, des économies et planifient même avec sa famille des vacances sur Abidjan en 2020.

Un projet similaire, Adams ne peut y songer. Le malien, ne compte pas retourner au pays de si tôt. Même pas au lendemain de l’adoption de la loi sur le « retour ordonné » des réfugiés le 17 avril dernier qui vise à faciliter l’expulsion des migrants sans titre de séjour vers leur pays d’origine. Depuis 2013, environ 280 000 personnes ont quitté l’Allemagne, soit parce qu’elles ont été expulsées ou transférées vers l’État Dublin responsable, soit parce qu’elles ont accepté un départ subventionné. l’épouse d’Adams  et sa famille restées au pays ont droit à des coups de fil journaliers et de l’argent les fins de mois. Son ultime but dans ce pays reste l’obtention d’un travail décent et bien rémunéré. Un objectif atteignable qu’après régularisation de sa situation comme celle de M Diomandé. Deux possibilités de régulation de sa situation aux probabilités réduites aujourd’hui. « Les allemandes ont découvert le pot aux roses des immigrés africains et développent une attitude très méfiante envers nous les sans papiers ». confie-t-il, focalisé à présent sur son acquisition du jour, une paire de baskets neuve troquée contre un sachet de cannabis qui fait naître un bref sourire sur son visage. Adams retourne incertain de faire face à la sollicitation du jour de sa sœur mais fidèle à son poste.  Sous cette neige de fin d’hiver-début de printemps, toujours à Görlitzer park.

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