LEGISLATIVES DE TOUS LES « DANGERS »

LEGISLATIVES DE TOUS LES « DANGERS »

Ce 30 juillet 2017 marque la date des élections législatives au Sénégal. A quatre mois de ces échéances électorales, les cartes sont loin d’être distribuées. Ces joutes s’annoncent difficiles pour le parti au pouvoir, mais aussi pour l’opposition,  et les coalitions les plus improbables sont en gestation. La situation politique actuelle du pays inquiète plus d’un. Les législatives prochaines ne se préparent pas dans la sérénité et le calme. La période préélectorale, moment clé pour des élections transparentes et sereines est agitée sous nos cieux

Les bombes à retardement

  1. Le processus préélectoral

Les élections législatives sont prévues le dimanche 30 juillet, elles permettront de désigner les 165 députés siégeant à l’Assemblée nationale, dont 15,  représentant les Sénégalais de l’extérieur. Pour la première fois au Sénégal, la diaspora aura des parlementaires suite au référendum de mars 2016.

Le décret n°2017-442 du 15 mars 2017 détermine la répartition des 165 sièges de députés.

Cette phase préélectorale est marquée principalement par la refonte totale du fichier électoral et l’élaboration de nouvelle carte d’identité biométrique CEDEAO. Lors de son message à la Nation le 03 avril, le Président Macky Sall a souligné qu’il y avait 5.501.667 inscrits pour un objectif de 4.000.000 fixé par la loi. Combien le sont sur le fichier électoral ? À ce jour, nul ne peut répondre à cette question.

Ce scrutin s’annonce particulièrement indécis. De nombreux Sénégalais, hésitent encore. Ils feront leur choix, le jour de l’élection. Pour autant, un duel s’est imposé au fil des semaines. Il oppose la coalition Benno Bokk Yakkar et le maire de Dakar Khalifa Ababacar Sall et ses futurs probables alliés.

  1. Le partage du gâteau Benno Bokk Yaakar

 La coalition est large et diverse. Comme affirmé par son chef, non moins chef de l’Etat, le gâteau ne suffira pas à satisfaire tous les appétits. Il faut noter que cette répartition ou partage des sièges sera une élection interne au sein de BBY. De ce partage pourrait dépendre en partie la dynamique de chacune des coalitions de partis et d’organisations qui feront face aux les électeurs.

  1. Le cas Khalifa Sall ou l’émergence d’un leadership

Malgré le fait qu’il soit actuellement en détention provisoire, le maire de la Ville de Dakar sera bien candidat aux élections législatives, comme d’ailleurs annoncé bien avant son incarcération.

De fait, Khalifa Sall s’est positionné de par sa posture dans le paysage politique sénégalais, comme une des têtes de file de l’opposition. Il incarne aujourd’hui l’alternatif ou celui autour duquel un autre projet pourra être construit et proposé aux sénégalais.

  1. L’opposition sénégalaise

Il faut noter que cette dernière est actuellement regroupée en une coalition dénommée Manko Wattu Sénégal. La difficulté de nos jours est de déterminer qui est le chef de l’opposition sénégalaise. Puisqu’en son sein, s’organise une autre coalition : Samm li nu bokk qui regroupe l’Alliance pour la citoyenneté et le travail (ACT) d’Abdoul Mbaye, Patriotes du Sénégal pour la transparence, l’éthique et la fraternité (PASTEF) d’Ousmane Sonko ainsi que d’autres partis qui ne sont pas forcément membres de MWS. Il s’agit entre autres de Taxaw Temm d’Ibrahima Fall, Yoonu askan wi et le Front national de salut public/Moom sa réew de Malick Noël Seck. Ces partis, tout comme leurs alliés de Manko Wattu Senegaal, ambitionnent de présenter leurs propres listes

Le PDS et ses alliés

Le retour probable de l’ancien Président de la République est sur toutes les lèvres. Il ne sera pas là en tant que figurant mais veut diriger la liste de l’opposition. Cette probabilité serait un vrai camouflet pour le parti au pouvoir mais démontre aussi la difficulté pour ce parti de se restructurer et de trouver une nouvelle alternative à Maitre Wade.

  1. Les listes dites citoyennes

Elles invoquent la nécessité d’une forte représentation au sein de l’hémicycle et elles prônent la solidarité, la justice et le respect des droits. Elles appellent aussi à une mobilisation forte pour éviter une présence exclusive des politiques à l’assemblée. Mais leur multiplicité sera un handicap non négligeable pour une bonne représentation à l’hémicycle.

Pour la consolidation de notre système démocratique, la présence de députés issus de listes citoyennes dans la future assemblée, est plus que souhaitable, c’est une nécessité.

La perspective d’une cohabitation

Le Président Sall avait tenu les propos suivants : « je réduirais l’opposition à sa plus simple expression ». Aujourd’hui ces paroles prennent tout leur sens au vu de la scène politique car Il faut le souligner, la kyrielle de listes issues de l’opposition ne constitue pas un atout. Plus l’opposition sera divisée, plus le camp d’en face sera dans les dispositions de remporter la bataille du nombre de sièges. Les responsables de l’opposition devront inéluctablement dépasser le choc des ambitions et des égos.

Le référendum est encore à l’esprit de l’opposition, malgré le fait que les 15 points étaient loin d’être clairs dans l’esprit des sénégalais, ils ont préféré donner une majorité au régime présidentiel pour maintenir la stabilité du pays. Car pour beaucoup d’observateurs politiques, le Président doit s’assurer une majorité parlementaire pour pouvoir gouverner dans une relative stabilité.

Comme l’a si bien rappelé le Professeur Ibrahima Sene sur sa page facebook, même avec une majorité à l’assemblée nationale, l’opposition :

« ne peut même pas bloquer la mise en œuvre de la Politique de l’Exécutif qui peut se passer d’elle en exécutant son budget antérieur et sans lui proposer de nouveaux projets de loi durant les deux premières années de Législature, c’est à dire jusqu’en juin 2019 »

Mais les risques d’une probable cohabitation persistent. Pour l’expert Ndiaga Sylla « notre système politique ne garantit pas une stabilité institutionnelle dans un tel cas de figure. Parce que même si le Président de la République garde son pouvoir de nommer qui il veut au poste de Premier Ministre, il ne peut renoncer à ses prérogatives constitutionnelles de définir la politique de la Nation. »

Les députés  ne devraient pas être une partie négligeable de notre démocratie, ils doivent en être le reflet. Ce sont eux qui ont le pouvoir de représentation du peuple. Ce sont eux qui votent et/ou amendent les lois. Ils ont donc le pouvoir de contrôler l’action du gouvernement.

Une seule certitude pour nous : en juillet 2017 au Sénégal nous assisterons à des Législatives à enjeu présidentielles.

Auteurs principaux

Twitter