This post is also available in: English (Anglais)


Comment les intérêts des électeurs ont été tenus à distance alors que les partis politiques kenyans font étalage de leur puissance financière

This post is also available in: English (Anglais)

Les élections au Kenya sont imminentes et comme à chaque élection, les enjeux sont sans précédent. Les principaux partis politiques impliqués ne ménagent aucun effort pour remporter les votes des masses. En fait, ils s’épargnent bien quelque chose, mais nous l’aborderons plus loin, car cela n’a pas tant d’importance que ça – pour eux du moins.

La coalition au pouvoir, qui réunit la TNA (parti du président Kenyatta), l’URP (le parti du vice-président William Ruto) et plusieurs autres petits partis, se disloque le week-end prochain pour devenir un seul parti politique baptisé le Jubilee Party of Kenya dans le cadre duquel ses membres viseront une réelection. A cette fin, le parti devrait dépenser trois millions de dollars lors d’un évènement de trois jours (d’autres sources ont avancé le chiffre de 20 millions de dollars).

Le parti s’est engagé dans une valorisation élaborée de son image de marque, notamment grâce à un nouveau siège ultra-moderne situé à la périphérie de la capitale, à l’apposition de la marque du parti sur plusieurs véhicules haut de gamme et au placement de publicités télévisées grâce à d’importantes sommes d’argent mises de côté en tant qu’indemnités journalières des délégués.

Quand il est demandé au président de la TNA, Jackson Sakaja, de s’exprimer sur ces dépenses excessives, voici ce qu’il a à dire :

« Il ne s’agit pas d’un gaspillage des ressources. C’est une expression du niveau que nous avons atteint en termes d’organisation politique dans le pays. Je pense que personne ne devrait s’excuser de l’excellence en matière d’organisation ou de mettre la barre plus haut ».

Alors que la coalition au pouvoir finalise les détails de sa fête du week-end, l’ODM de l’opposition, qui est le principal parti au sein de la Coalition d’opposition, CORD, planifiait une façon de voler la vedette au lancement du Jubilee. Ce samedi même, ils célèbreront leur 10e anniversaire à Mombasa, sur la côte de l’Océan indien.

« Demain, le vice-président du parti fera partir 47 bus portant la marque ODM, de Mombasa vers chacun des quarante sept pays ». – Déclaration du Directeur des élections de l’ODM, Junet Mohamed

Le parti d’opposition prévoit aussi d’apposer la marque du parti sur 823 véhicules et plusieurs hélicoptères devant être utilisés pendant les campagnes de 2017.

Même si cet étalage de puissance se produisait, rien n’a été dit quant à la façon dont les partis politiques prévoyaient d’améliorer les moyens de subsistance des Kenyans. Ce tweet d’un individu se référant aux campagnes de la Première Dame pour améliorer les soins de santé maternelle résume une préoccupation que bon nombre de Kenyans nourrissent quant à l’inadéquation des priorités.

Plus tôt cette semaine, un hashtag #BringHellenHome (#RamenerHellenalamaison) a été parmi les plus employés sur Twitter. Hellen est une femme de l’Ouest du Kenya actuellement bloquée en Inde, où elle s’est rendue pour suivre un traitement contre le cancer en raison de factures de traitement qui s’accumulaient. Son cas n’est pas unique. Chaque année, des centaines de Kenyans se rendent en Inde pour y suivre un traitement en raison de l’absence de structures de traitement du cancer adéquates dans le pays. Il s’agissait pourtant de l’une des promesses phares du gouvernement en place.

Un autre élément lié à l’étalage de puissance financière concerne le plus grand problème social du Kenya, la corruption. Alors que les partis politiques rivalisent pour collecter et dépenser les fonds de campagne, les questions quant aux sources de ces fonds et aux promesses faites aux contributeurs restent peu nombreuses. Au cours des trois dernières années seulement, le Kenya a connu d’énormes scandales de corruption, dont certains pourraient être liés au financement des campagnes.

Seul le temps dira si les électeurs exigeront d’être au cœur des campagnes électorales et si cette exigence sera entendue. Pour l’instant, la seule chose dont nous puissions être surs est que davantage d’hélicoptères à la marque du parti voleront dans notre ciel et davantage de véhicules haut de gamme à la marque du parti souleveront la poussière sur nos routes, alors que nous organisons encore l’une des élections les plus coûteuses d’Afrique.

Daniel Okoth
Daniel Okoth
CONTRIBUTOR
PROFILE

Auteurs principaux

Twitter