L’ordre fragile dans la région des Grands Lacs

La fragilité de la démocratie dans la région des Grands Lacs a un impact tant sur les vies humaines que sur les questions essentielles de gouvernance, et menace la stabilité dans la région. En moins de cinq ans, plus de 1,2 million de personnes ont fui la crise qui frappe le Soudan du Sud pour rejoindre l’Ouganda. Au cours de la même période, plus d’un million d’enfants ont quitté le conflit qui ravage ce même pays pour gagner l’Ouganda, le Kenya, l’Ethiopie, le Soudan et la République Démocratique du Congo (RDC).
Le conflit au Soudan du Sud ne constitue pas un cas isolé. C’est l’intégralité de la région des Grands Lacs qui est en proie à des remises en question de la démocratie. Par exemple, si le Burundi ne s’est pas encore relevé de la fièvre du troisième mandat de Pierre Nkurunziza, la République démocratique du Congo est aujourd’hui confrontée à une crise constitutionnelle et l’Ouganda se trouve face à un nouvel épisode de violation de sa Constitution, fait qui s’était déjà produit en 2005. Le gouvernement s’apprête à s’opposer aux réformes constitutionnelles visant à amender l’Article 102(b) afin de permettre à Museveni d’entrer dans la course à la présidence malgré ses 75 ans passés. L’Ouganda n ‘en serait pas là à l’heure actuelle si les limites imposées sur le mandat présidentiel n’avaient pas été abandonnées sous le mandat de Museveni.
Dans la première partie de mon article sur la fragilité de l’ordre dans la région des Grands Lacs, je parlerai de l’Ouganda et de la République démocratique du Congo. Le gouvernement s’apprête à s’opposer aux réformes constitutionnelles visant à amender l’Article 102(b) afin de permettre à Museveni d’entrer dans la course à la présidence malgré ses 75 ans passés. L’Ouganda n’en serait pas là à l’heure actuelle si les limites imposées sur le mandat présidentiel n’avaient pas été abandonnées sous le mandat de Museveni.
L’esprit du constitutionnalisme a été ignoré, et les constitutions nationales sont menacées ou amendées à volonté pour apaiser les personnes au pouvoir.
Joseph Kabila est Président de la République démocratique du Congo depuis l’assassinat de son père, Laurent-Désiré Kabila, en janvier 2001. Kabila a été élu à la présidence en 2006 et a été réélu en 2011. La durée constitutionnelle de son mandat a touché à sa fin le 20 décembre 2016. Le 31 décembre 2016, Joseph Kabila a participé à une réunion à Kinshasa avec des membres de l’Eglise catholique romaine et de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), le parti de l’opposition, visiblement en vue de définir un moyen d’éviter une crise constitutionnelle. Il a été convenu que les parties travaillent conjointement pour organiser les élections de 2017, auxquelles Kabila ne devait pas être candidat. Bien évidemment, Kabila n’a pas tenu sa promesse.
En réaction, François Muamba, le chef de l’opposition politique, a décidé d’organiser deux jours de désobéissance civile, prévus les 8 et 9 octobres 2017, afin de rappeler à Kabila que des forces sont prêtes à se lever pour défendre le constitutionnalisme et les libertés.
Les chefs de l’opposition ont également lancé un ultimatum à Kabila, qui arrive à son terme en septembre 2017, afin qu’il annonce les dates des élections présidentielles, sous peine de ne plus être reconnu comme Président de la RDC.
Alors que la République démocratique du Congo se trouve confrontée à cette crise constitutionnelle, le parti au pouvoir en Ouganda envisage de supprimer la limite d’âge figurant dans la Constitution ougandaise après avoir supprimé la limite de deux mandats successifs, qui empêchait à un président de diriger le pays pendant plus de dix ans. Avant que Museveni ne soit élu Président pour la première fois, il était resté au pouvoir pendant neuf années, de 1986 à 1995, à la suite d’un coup d’Etat réussi.
En 1995, alors que Museveni était au pouvoir, l’Ouganda a introduit une nouvelle constitution. Entre autres piliers fondamentaux, la loi suprême prévoyait un maximum de deux mandats successifs et une restriction interdisant aux personnes de plus de 75 ans de se présenter aux élections présidentielles. Museveni se présenta aux premières élections organisées en 1995 depuis les élections contestées de 1980 qui furent suivies d’une guérilla de cinq ans et virent l’arrivée de Museveni au pouvoir. En 2021, cela fera 35 ans que Museveni est au pouvoir. Ce prolongement de sa présidence fait l’objet d’une fatigue croissante. Quatre élections (2001, 2006, 2011 et 2016) ont été contestées devant les tribunaux et n’ont pas été considérées libres et justes.
Un nouveau débat fait aujourd’hui rage quant à la suppression de l’âge limite pour permettre à M. Museveni de se présenter à la présidence au-delà de 75 ans. Lors d’une apparition sur la chaîne de télévision NBS en Ouganda, le Dr. Kizza Besigye, représentant et candidat à la présidence du Forum pour le changement démocratique (FDC) de 2005 à 2016, a affirmé ce qui suit : « Je pense qu’il serait stupide de notre part de mener une nouvelle guerre pour les mêmes motifs. Cette fois-ci, nous devons nous montrer plus intelligents ». On estime que l’Ouganda a perdu plus de 500 000 personnes pendant de la guerre survenue après les élections contestées de 1980, truquées par l’ancien président Milton Obote.
La limite d’âge imposée par la constitution ougandaise est l’unique et dernière mesure de protection restante qui permettrait aux Ougandais de connaître leur premier transfert de pouvoir pacifique d’un président à l’autre, à condition que les députés respectent la constitution. Le nuage qui plane au-dessus de la démocratie et du constitutionnalisme en Ouganda est encore plus sombre et plus terrifiant pour les voisins de l’Ouganda que sont le Burundi et la République démocratique du Congo. Les présidents Joseph Kabila et Pierre Nkurunziza souhaitent imiter le Rwandais Paul Kagame et l’Ougandais Yoweri Museveni, dans une tentative de mise à mal du constitutionnalisme de leurs pays en étendant leur domination au-delà de la durée considérée comme acceptable par leur constitution.
La fièvre du troisième mandat est l’une des principales raisons pour lesquelles les conflits se poursuivent dans la région des Grands Lacs.
La République démocratique du Congo et l’Ouganda n’ont encore jamais connu de transfert de pouvoir pacifique d’un président à l’autre depuis leur indépendance dans les années 1960. Les deux pays ont eu recours à la violence pour destituer leurs dirigeants et permettre à un nouveau président d’accéder au pouvoir. Les deux pays se trouvent confrontés à un problème similaire, leurs dirigeants refusant de céder leur place à la fin de la durée de leurs mandats. Ils sont tous deux dotés de richesses minérales considérables, d’une végétation unique et sont des pays tropicaux, mais leurs habitants sont au nombre des plus pauvres du monde. Ces pays ont également donné naissance à certains des dirigeants les plus antidémocratiques de notre génération, ceux-ci ayant été jusqu’à envisager de suspendre la constitution de leurs prétendues républiques.

Une transition pacifique pourrait éviter à chacun de ces pays de retomber dans leur sombre passé, et leur permettrait d’entamer un nouveau chapitre. Mais il semblerait que Museveni comme Kabila aient décidé d’adopter la manière forte avec leur constitution et leurs citoyens.
Si les manœuvres réussissent à modifier la limite fixée dans l’article 102 (b) de la constitution ougandaise, Museveni sera président à vie. Ce débat a mis les ougandais dans une position très difficile, compte-tenu des raisons pour lesquelles Museveni et les rebelles de la NRA s’étaient réfugiés dans les jungles et la brousse de Luwero pour mener une guerre de cinq ans, faisant 500 000 victimes.

Shawn Mubiru
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